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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 19:15

C'est une demande des habitants de Pointe-Noire qui souhaitaient que je publie un article sur le constat d'une mortalité dont les compteurs se sont affolés au Congo. Un ami qui vient d'y passer ses vacances m'a transmis cette requête qui est le sujet de cet article : il a été atterré de constater une trop forte mortalité quotidienne à Pointe-Noire où l'hôpital est un véritable mouroir. L'hôpital n'est plus le lieu où peut y entrer malade pour en sortir guéri et surtout en vie. Au Congo, l'hôpital public répond plutôt à la réalité suivante : " On entre OK, on sort KO ;  on entre debout, on sort allongé ; on entre les yeux ouvert, on sort les yeux définitivement fermés ; bref, on entre vivant, on sort mort". Voici les points  les plus importants qu'il a soulevés dans lesquels nous avons inséré des propositions :

1) Le constat d'une mortalité galopante au quotidien - notamment, celle des nouveau-nés et des enfants : chaque jour, à Pointe-Noire, des dizaines voire des centaines de morts. Certains survivent en passant d'une veillée à une autre : en effet, lors des veillées, on partage café et nourriture entre familles et assistance.

Vous savez comment les choses se passent en Afrique : les morgues sont un lieu de tourment, de pleurs, de chagrin où des familles entières se croisent au milieu des pleurs, des cris et des chants. Il arrive qu'il n'y ait plus de place pour conserver les corps qui sont alors entassés, empilés les uns sur les autres quand ils ne reviennent pas à leur domicile. En effet, en ces lieux, se terminent des vies qui sont passées dans l'autre monde - parfois, dans la souffrance la plus extrême.

Cette mortalité est à l'image d'un Congo qui se meurt. Les morgues sont des indicateurs de la souffrance du peuple. Il y a un lien sociologique entre mortalité et misère, entre mortalité et conditions d'existence sociale, entre mortalité et infrastructures sanitaires (les pharmacies internes des hôpitaux permettent de mesurer combien le pouvoir central ne prend pas le problème de la santé publique comme une priorité nationale). Le 4 mars 2012, le drame de Mpila a mis en lumière le fait que notre pays n'avait pas d'ambulances, de corbillards, ni les conditions adéquates pour administrer une médecine d'urgence. La RDC a dû même nous venir en aide en la matière ; ce qui est une honte.

2) l'absence des hôpitaux de proximité : de nombreux décès surviennent en chemin avant que les malades arrivent à l'hôpital, notamment, ceux victimes d'AVC (accidents vasculaires cérébraux), de maladies cardiovasculaires. Inexistence d'une politique d'implantation d'hôpitaux de proximité pour réduire le temps de se rendre à l'hôpital. C'est un constat d'ordre national. Il faut absolument que le ministère de la santé élabore un plan pour l'insertion d'hôpitaux de proximité dans les quartiers populaires ; on ne devrait pas se déplacer pendant plus d'une heure pour atteindre un hôpital pour recevoir les premiers soins d'urgence.

3) Les causes multiples de la mortalité :  il y a d'abord la malnutrition ou la mère de toutes les maladies, celle qui expose l'organisme à toutes les autres et qui traduit la manière par laquelle la pauvreté tue notre peuple. La malnutrition est liée au chômage, à l'absence d'emploi, au coût exorbitant de la vie qui empêche que les Congolais mangent à leur faim. En effet, combien de familles peuvent se vanter de prendre trois repas par jour ? Il faut une politique du travail plus décentralisée pour éviter que seuls les nordistes aient du travail - ce qui est une politique discriminatoire assimilable à du nazisme.

C'est la raison pour laquelle nous souhaitons des parcelles de 1000 mètres carrés pour permettre aux familles d'avoir un espace pour pratiquer un peu d'agriculture urbaine ou de l'élevage (les campagnes survivent parce qu'elles ont un environnement adapté avec des forêts, des rivières, des fleuves). Il y aussi les pathologies de toutes sortes y compris les pandémies comme le paludisme, les AVC, la pollution : à Pointe-Noire, l'eau est polluée provoquant des maladies comme la fièvre thyphoïde ou le choléra car elle n'est pas potable, l'air est pollué par les torchères provoquant des cancers et des maladies respiratoires et la terre est polluée lors d'inondations, négligence des médecins mal payés et démotivés parce qu'ils travaillent dans de très mauvaises conditions, manque de médicaments ou de produits sanitaires : aujourd'hui, nous voyons tous combien le pays a besoin de prothèses car de nombreux compatriotes ont perdu un membre lors du drame du 4 mars 2012 mais hélas, rien n'y est fait.

4) l'absence de structures sanitaires dignes de ce nom pour un pays pétrolier comme le Congo : déjà pas d'eau potable, pas d'électricité et de groupes électrogènes pour éviter les pannes de courant lors d'opérations chirurgicales, pas d'ascenseurs, pas de lits, pas de moustiquaires, pas de pharmacies hospitalières fournies.

5) l'industrie privée autour de la mort. A l'époque où Marien Ngouabi dirigeait le Congo, les employés de la morgue de Brazzaville lui avaient fait la requête de nationaliser les morgues car celle de Brazzaville appartenait à un expatrié qui tous les matins venait leur dire : "alors, ça va aujourd'hui ? Les cercueils ont bien marché ? Dites donc, il y eu beaucoup de morts aujourd'hui ! Je me frotte les mains car les affaires vont bien !"  Aujourd'hui, à la place du Français qui gérait la morgue de l'hôpital Général aujourd'hui CHU de Brazzaville, c'est Ngamaba qui tient ce genre de discours au bord de l'océan à Pointe-Noire.  Qu'un individu s'enrichisse sur le dos de nos morts est mal perçu par les populations ; l'Etat doit reprendre son rôle en nationalisant toutes les morgues hospitalières.

 De la privation des cimetières : la famille Sassou&Nguesso a montré l'exemple avec son cimetière familial de Kona-Kona. La mode se perpétue désormais avec des cimetières privés payants où l'on va enterrer les morts. En effet, la plupart des cimetières publics se remplissent trop vite, preuve supplémentaire de l'hécatombe nationale. 

6) NGABABA ALIAS NGAMABA : C'est l'homme qui engrangent les milliards de l'industrie de la mort car il est le propriétaire de la morgue de Pointe-Noire sise au coeur de l'hôpital public A. Cissé (on se demande comment cet homme a réussi à s'emparer d'un patrimoine national : il ne peut y avoir à la fois un hôpital public et au sein de celui-ci une morgue privée qui sanctionne les populations d'une amende lorssqu'elles achètent leurs cercueils ailleurs - voilà le genre de scandale que nous nous empresserons de rectifier) et vend les cercueils qui peuvent valoir des millions de francs cfa. La mort est devenue un espace d'exhibition où les classes sociales rivalisent pour affirmer la position sociale du défunt ou de la famille. Et tout cet argent va dans les poches de cet homme, monsieur Ngababa alias Ngamaba.

Les ponténégrins se demandent désormais s'il n'incite pas les médecins à un laisser-aller pour augmenter la mortalité quotidienne afin d'accroître son chiffre d'affaires. Il suffit pour cela de  corrompre le personnel de santé mais cette hypothèse n'est en fait qu'une supputation qui prend vie dans l'esprit de l'homme de la rue qui se dit : pourquoi une connivence n'existerait-elle pas entre les médecins mal payés et le milliardaire de l'industrie de la mort, "l'homme à qui appartient tous les palmiers (NGA MABA)" ?

7) Il faut suivre l'exemple du président Marien NGOUABI qui avait privatisé les morgues municipales du Congo en relançant l'industrie publique de fabrication des cercueils et autres accessoires funéraires. Nous avons du bois, des menuisiers compétents qui savent faire leur travail ; nous pouvons donc privatiser les morgues municipales des hôpitaux comme l'hôpital Adolphe Cissé ou le CHU de Brazzaville. Ce qui n'empêcherait pas Ngamaba de créer sa morgue privée en dehors de l'hôpital, s'il vous plaît.

8) Créer des hôpitaux de proximité : il y a une telle concentration d'habitants dans certains quartiers qu'il serait difficile d'y implanter un hôpital de proximité mais il y a toujours des possibilités spatiales et l'on peut construire en hauteur à certains endroits, racheter des terrains pour implanter les hôpitaux et dispensaires de proximité, etc.

9) Développer l'industrie pharmaceutique au niveau local pour diminuer le coût du médicament : s'appuyer sur les tradipraticiens, sur l'industrie chimique et pharmaceutique, développer un partenariat intelligent avec d'autres pays, mettre en place une collaboration régionale de tradipraticiens.

10) Créer des grands laboratoires pharmaceutiques, une faculté de pharmacie pour développer nos propres médicaments. Nous avons toujours soutenu l'idée de plusieurs pôles universitaires spécialisés avec des emplacements choisis de façon étudiée. Il faut prévoir des centres universitaires avec des logements universitaires importants pour loger les étudiants sur place - ce qui éviterait que les étudiants aient à parcourir des dizaines de kilomètres pour aller à l'université le matin.

L'Etat doit doter le Congo d'un système de santé digne de ce nom. En amont, il y a la malnutrition et la maladie et en aval, il n'y a pas de soins dignes de ce nom. C'est donc un traquenard de bout en bout dont le but est de niveler les densités démographiques notamment au sud du Congo plus peuplé que la partie nord. En effet, l'Etat dispose de moyens importants. Il n'est pas normal que Sassou et ses ministres viennent se faire soigner en France - alors qu'il leur incombe de doter le pays d'un système de soins digne de ce nom. En le faisant, ils témoignent que le système hospitalier n'est pas à la hauteur d'une république qui respecte ses populations...

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Published by Le Lion de Makanda (LDM) - dans demain le congo brazzaville
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commentaires

Congo-Décomplexé alias Thierry Yanga mwana Yanga 10/03/2013 20:29


Le Lion,


Bonjour et bon dimanche.


Bien des fois où je te lis, je suis stupéfié de constater à quel point, sans nous connaitre pourtant, nous parvenons chacun, de son côté et dans sa réflexion aux mêmes idées et à la même
conceptualisation des choses que l'autre.


Sans doute parce que chacun de nous est réellement, profondément et de façon fortement altruiste préoccupé par le sort du pays de nos parents et du quotidien/ sans avenir de nos compatriotes.


 


De façon particulière, le phénomène "morgue privée deNGABABA" m'a personnellement touché.


Ma mère étant décédée récemment à PNR, j'ai vécu et subi tout ce que tu dénonces sur le sieur NGABABA;


- entre la garde du corps(4 jours) de la défunte et sa préparation: 300 000 Fcfa


- habillement, draps et annexes: 300 000


- cercueil: près de 500 000 F


 J'ajouterai que le cimetère de PNR est également privé: il appartient à... au même NGABABA. Celui de Mongo-Nkamba étant saturé dit-on!


Dans le cimetière de NGABABA donc aussi il faut débourser près de 250 000 F!


(Les chiffres sont approximatifs certes, car je n'ai pas les montants exacts, mais ils sont de cet ordre)


 


Merci et à plus.


PS: enfant, ayant vécu à PNR, j'ai connu ce sieur NGABABA; à l'époque il avait fondé et lancé l'équipe de football EPB. 

mwangou 10/03/2013 10:22


et autre fait insolite presque: juridiquement, le droit de traiter un cadavre n'est dévolu qu'à une morgue. ainsi, il existe une forte taxe de 100.000 frs à payer auprès de la morgue
municipale quand le cercueil a été fait en dehors de la menuiserie de la morgue municipale. tout cela nourrit les soupçons d'intelligence entre le personnel soignant et la morgue; d'autant qu'il
y a des dires que des gens ont bien entendu des conversations entre les gens de la morgue et ceux du personnel soignant sur le fait que les premiers se plaignaient du fait de la raréfaction des
cadavres. ce n'est qu'une rumeur. mais quand on recueille des témoignages sur le comportement du personnel soignant vis à vis des malades, la rumeur prend bien l'allure du réel. et là, on tait le
fait qu'il y a parmi ce personnel soignant, même au plus haut degré, des individus qui affichent leur préférence ethnique pour prendre en considération un malade...j'ai moi- même vécu ça dans un
cabinet médical, où le médecin a tout simplement ignoré les premiers arrivés pour passer son temps à rigoler avec une personne de sa tribu venue en consultation. ça c'est dans le cadre privé; on
imagine assez aisément ce qui peut se passer dans les hôpiataux. une femme d'un médecin, cadre de son Etat, hospitalisé en avait fait l'amère constat. comme les médecins savaient son statut de
femme de medecins, ils passaient tous demander comment ça allait, en ignorant magistralement les autres malades qui étaient dans la même salle...il y a tant à dire sur la question. mais il est
vrai que la morgue au congo est une entreprise à part entière, elle a l'obligation de résultats, sinon le directeur ne sera pas bien rémunéré, et le personnel bénéficié de tant
d'avantages.

mwangou 10/03/2013 09:57


Bjour LDM! C'est très important que des gens qui passent des vacances donnent un point de constat comme celui-ci. cette question de la mort et de tout ce qui tourne autour, fait couler
beaucoup de salive. les thèmes développés autour de la mortalité au congo font partie des armes de sabotage de/contre la réputation du pouvoir. et là-dessus, ce pouvoir a fort à faire avec la
tenacité des faits. par ex., à Brazza, il n'y a pas moins de 20 enterrements par jour, et quand on sait que ici, il y a le chu, on se pose souvent des questions sur la compétence supposée des
inombrables professeurs de médecine qu'il recèle. 


il y a une bonne information dans ce constat: les morgues à brazza sont municipales, comment se fait-il qu'à pointe-noire elle ne l'est pas? mais par delà cet aspect du statut juridique,
le fait commun est que municipale ou privée, la morgue est une structure administrative lourde qui doit faire un chiffre d'affaires conséquent pour fonctionner. on voit qu'avec une telle réalité,
CA = nombre de cadavres à traiter par jour, on en vient à se poser la question sur les intentions pratiques du personnel soignant. mais celui-ci objecte que ce sont les gens qui ne prennent pas
au sérieux leur santé, et viennent à l'hopital quuand c'est trop tard. pourtant, il y a une question: nos hôpitaux sont-ils dotés de pharmacie? réponse :non! puisque, même dans une situation
d'extrème urgence, l'hôpital prescrit une ordonnance au malade... ce qui fait qu'un malade ne peut pas venir seul à l'hôpital; qui ira lui acheter les médicaments?

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