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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 20:47

SimeonEkoga.jpgCOMMENTAIRE : Comment demeurer un opposant si un gouvernement vous ouvre ses portes afin de servir la nation (ou se servir soi-même ) ? C'est là une question difficile à résoudre. Si on refuse, on apparaît comme un traître à sa propre nation qui vous invite à la servir et si on accepte, on trahit un idéal de changement qu'on a longtemps incarné. Siméon EKOGA, après vingt ans d'opposition, vient d'opter de collaborer avec Ali Bongo Ondimba, président contesté du Gabon. Est-il toujours un opposant en se ralliant ou a-t-il perdu cette qualité ? C'est l'épineuse question qu'a dû résoudre Siméon EKOGA. Seulement en tant que conseiller, peut-il espérer être écouté  ou va-t-il se contenter d'un important pécule ? On ne brade pas vingt années de militantisme actif pour un petit poste de conseiller si ça ne vaut pas la peine. Les hommes cèdent un jour aux chants des sirènes. Seuls quelques Ulysses y résistent. Et l'Afrique n'en a pas beaucoup.  Possédant un très fort coefficient de sympathie, Siméon EKOGA restera un ami et nous nous préserverons de le juger : ce n'est pas nécessaire puisque le peuple gabonais auquel il appartient le fait déjà...

 

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La cinquantaine dont un peu plus d’une vingtaine d’années passées en France comme opposant au régime du Président Omar Bongo, Siméon Ekoga a été nommé au Conseil des Ministres du 22 avril Conseiller du Directeur Général de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie et de Garantie Sociale du Gabon (CNAMGS). La CNAMGS est placée sous la tutelle du Ministère du Travail, de l’emploi et de la Prévoyance Sociale. Comme il fallait s’y attendre, cette nomination a suscité des sentiments contradictoires entre indignation et félicitations. Derrière les arguments, il y a des débats intéressants.

Commençons par le Président Ali Bongo qui fait là un beau geste. "Non", disent certains qui y voient plutôt un geste intéressé. Ce qui reste possible. Pourtant, si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous devons aussi examiner nos propres contradictions. Tantôt nous considérons les actes d’ouverture politique comme des pièges, tantôt nous les louons. Dans le même temps, nous critiquons celui qui ne pratique pas d’ouverture politique  et  qui ne partage pas le pouvoir.

Accordons donc au Président Ali Bongo le bénéfice du doute et convenons que, jusqu’à preuve du contraire, il est difficile de voir dans cette nomination autre chose qu’un acte de bonne volonté surtout si on fait le pari que Ali Bongo pourrait préfigurer la nouvelle génération d’hommes politiques en Afrique. C’est aussi comme cela qu’on avancera collectivement avec, d’un côté, le Président Ali Bongo dans sa volonté de rassemblement et, de l’autre, les opposants dans leur acceptation de la main tendue du Président.

Et puis quoi ! Vous voyez un opposant en train de refuser la main tendue du Président ? Autant, nous devons rester vigilants sur les accords politiques, autant il n’est pas raisonnable que le peuple demande à un opposant d’être plus Royaliste que le Roi. Sauf à se défausser de ses responsabilités et à jouer le conflit là où le Président joue l’apaisement, la responsabilité de Siméon Ekoga, tout opposant de 20 ans qu’il est au régime, était de répondre favorablement à la nomination du Président. A un moment donné, il faut regarder et affronter la politique en face : c’est la realpolitik. A défaut d’entente parfaite, au moins convient-il de tenter une cohabitation. Sans se renier.

Les temps changent ; les façons de faire la Politique avec.

Alors, certains disent, "oui en Afrique, la realpolitik se confond souvent - sinon toujours - avec la participation à la soupe". Ceux qui disent cela ne voient pas que les choses bougent et que les temps et la façon de faire la Politique ont changé en Afrique et ailleurs. Robert Mugabe a accepté un gouvernement d’union nationale l’an dernier ; chose impensable il y a encore 2 ans. Le Soudan a tenu ses premières élections présidentielles depuis 20 ans. L’Allemagne Grande Bretagne risque de se trouver dans la même configuration dans moins de 10 jours, avec un Parlement sans majorité nette et des partis politiques dans l’obligation de négocier des alliances de gouvernement. a un gouvernement de coalition depuis 5 ans. La

D’autre part, l’exil politique n’est plus ce qu’il était en France, depuis les années 80, précisément au moment où Ekoga s’exile en France ; parce qu’à ce moment-là les relations de la Françafrique se sont amplifiées et, critiquer les Présidents Africains revenaient à critiquer la France, tant la politique africaine de la France consistait à soutenir les Présidents Africains, canonisés "Grands Amis de la France" (Omar Bongo était un grand ami de la France). N’oublions pas que les pays Africains contribuent au poids diplomatique de la France aux Nations-Unies. Dans ces conditions, quel était l’intérêt de Siméon Ekoga à continuer un exil qui n’avait plus lieu d’être à l’étranger ? Aujourd’hui, la vraie opposition se fait surplace.

L’exil politique n’est plus ce qu’il était en France comme ailleurs.

Autrefois, les exilés politiques bénéficiaient d’une reconnaissance statutaire. Aujourd’hui, l’immigration submerge l’Europe au point de faire passer les opposants politiques pour des ringards voire des illuminés. A ceux qui critiquent le choix de Siméon Ekoga, savez-vous que la plupart des immigrés en France qui demandent l’asile politique se disent "Opposants politiques" ? Certains sont même dans l’incapacité d’articuler deux phrases correctes dans la langue de Molière. Parfois même pas une seule. Des "opposants politiques imaginaires" qui, à force d’être entendus par l’OFPRA [Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides] accompagnés d’un traducteur ont fini par faire passer les vrais opposants pour de véritables Guignols. L’exil n'est plus ce qu'il était en France.

A un moment donné, l’intelligence politique commande à tous les véritables opposants en exil à l’étranger de rentrer chez eux, comme Mme Bhutto l’a fait après 8 ans d’exil volontaire. Malheureusement avec le triste sort qu’on connaît. Tous les opposants du Monde rentrent chez eux. Ceux de l’Europe de l’Est ont fait le chemin du retour depuis la chute du Mur de Berlin. La vraie opposition se fait maintenant chez soi, dans son pays et plus à l’étranger où la migration économique a remplacé la migration intellectuelle et politique.

"La Sécurité sociale est un droit humain fondamental" (Gordon Brown)

Alors, "Conseiller du Directeur", aux yeux de certains, cela paraît très mince comme fonction pour un Ralliement. Les commentaires sont allés bon train sur la misère de l’Opposant qui accepte de se vendre pour si peu : "il était tellement pauvre qu’il a accepté n’importe quoi". "Conseiller du Directeur, c’est tout ?". Ceux qui réagissent de cette manière sont prisonniers de la logique Africaine de la "titrisation ronflante". En Afrique, on aime bien se présenter comme étant Président Directeur Général, Grand Boss de tout et de rien. L’Africain est mystifié et mystifie par les titres et plus ils résonnent plus ils forcent le respect. Nos propres clichés nous aveuglent sur l’importance de la mission de Siméon Ekoga.

Aveuglement qui risquent de nous empêcher d’apprécier l’évolution des politiques publiques Gabonaises. La Sécurité Sociale est probablement la chose le plus importante qui soit arrivée aux Gabonais et - on espère prochainement aux Africains - depuis les Indépendances, après l’Ecole. Cette évolution est tellement importante qu’on peut parler de Révolution Sociale. Que cette révolution sociale repose en partie sur Siméon Ekoga, l’un des deux conseillers qui vont contribuer avec leur Directeur à dessiner la Sécurité Sociale est une excellente nouvelle. Une nouvelle personnalité, un nouveau dispositif pour l’entrée du Gabon dans une nouvelle ère : celle de la protection sociale. Il y a de la cohérence politique. Faut-il le rappeler, la Sécurité Sociale est un chantier d’Avenir.

Qu’y a-t-il de plus important pour un Etre Humain que la Santé ? Il n’est plus supportable de voir des hommes et des femmes mourir dans les hôpitaux parce qu’ils n’ont pas les moyens de payer les soins. En campagne, Gordon Brown, le Premier Ministre Britannique a dit que "la Sécurité sociale est un droit humain fondamental".

Finalement, l’opposant Siméon Ekoga a les moyens de mettre en pratique ce qu’il prônait dans l’opposition : son projet de changement civilisationnel au Gabon. Reste maintenant à espérer que le modèle Gabonais de la protection et de la Sécurité Sociale, s’il réussit, soit repris au niveau de l’Union Africaine.

"La protection sociale est un droit civique" (Barack Obama)

Le conseil des Ministres qui a nommé Siméon Ekoga a adopté trois autres décrets intéressants : l’un sur le revenu minimum mensuel, l’autre sur la création d’une prime de solidarité pour combler les écarts de revenus entre le salaire brut et le revenu mensuel. Le troisième décret revalorise la prime de transport fixée à 35 000 francs CFA et correspondant à 2 ou 4 trajets journaliers. Le décret précise que la revalorisation de cette prime de transport "tient compte de l’évolution du coût de la vie et de la nécessaire harmonisation de la situation des travailleurs du secteur privé avec celle des agents de l’Etat".

Au final, c’est une mission exaltante qui attend le Conseiller Siméon Ekoga. En homme politique avisé, Siméon Ekoga a compris que le challenge de la transformation sociale est tellement grand que refuser aurait signifié reculer ou se renier voire se dégonfler.

Pour conclure, regardons du côté des Etats-Unis où Barack Obama vient de faire adopter la réforme de la Sécurité Sociale au bout d’une lutte de 100 ans aux Etats-Unis. Une réforme historique adoptée dans la douleur et à l’issue d’un débat farouche et d’une bataille politique rude. Le Président Barack Obama y jouait sa Présidence, en cas d’échec. Il a réussi son pari avec ce mot d'ordre "la protection sociale est un droit civique et cette victoire est une victoire pour la Démocratie". (Barack Obama).

Souhaitons à Siméon Ekoga le même succès à son poste de Conseiller du Directeur de la Caisse d'Assurance Maladie et de Garantie Sociale qui, contrairement à ce que le titre du poste peut laisser croire, est une fonction majeure.


Elise Mbock pour Continentalnews

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