Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 10:21

m_re_crying.jpgUn vocable ne fait pas carrière par hasard. Celui d'"antivaleur" a été mis sur le marché du vocabulaire politique par monsieur Denis Sassou Nguesso qui donna l'ordre à ses ministres de les pourchasser et de les combattre. Seulement voilà, on ne peut parler d'antivaleurs sans au préalable définir les valeurs. L'antiquelquechose suppose que l'on connaisse d'abord ce qui fait le "quelquechose". L'antimatière ne se définit que parce que l'on connaît la matière. L'anticapitalisme ne se conçoit que parce que l'on sait définir d'abord le capitalisme. Si Sassou laisse libre cours à ses ministres de définir les antivaleurs, cela suppose qu'il leur laisse aussi désigner les valeurs. Qu'est-ce qu'une "valeur" ? La valeur en politique est-elle la valeur en économie, par exemple ? L'or, l'argent, la monnaie fiduciaire sont des valeurs en économie. Ici, nous sommes dans le domaine de la politique et la notion de valeur n'a pas la même connotation - même si en définitive, les valeurs politiques influent sur les valeurs économiques. Mes textes avant s'inspiraient du discours académique mais vu que la cible sur internet est multiple, je simplifie mes propos, j'élague la phraséologie pompeuse pour gagner en clarté. J'écris pour être lu et être compris par le maximum de personnes.

Dans la société traditionnelle, il y avait des valeurs et les valeurs ont toutes, je parle ici des vraies, une reconnaissance collective voire universelle. Les Hébreux prétendent avoir reçu l'ordre de ne point commettre l'adultère de Dieu ; de qui les Egyptiens tenaient-ils le fait de punir l'adultère par une peine de prison puisque dans la Bible, Joseph en fit les frais ? C'est comme si on structurait la morale sociale, tout ce qui est bien pour l'entendement collectif, voire humain. Les valeurs sont en général ce qui renvoie au bon comportement social, à un savoir-être , à un savoir-vivre collectif qui peut être différent ailleurs mais d'une manière globale, les bonnes valeurs collectives sont à peu près les mêmes partout. Sauf sur un point qui est l'apanage des peuplades bantoues originelles : le kimuntu. Le kimuntu compris comme grandeur humaine définie par la mise de la vie en général et de la vie en l'homme en particulier, comme piedestal de l'importance. Disons plus simple  : chez les Bantous, il n'existait rien de plus important que la vie, que l'homme. L'homme est chez les Bantous, l'importance primordiale, le plus haut bien de prestige et toute sa société s'est structurée autour de la préservation de l'homme et de la vie. Nous étions en avance sur le monde, éthiquement parlant, de plusieurs millénaires. Aujourd'hui encore, vous avez des indicateurs de ces valeurs ataviques du kimuntu : il suffit de voir une personne tomber gravement malade pour constater une mobilisation de toute la famille, de tout le village, de tout le quartier. Regardez toutes ces mamans, toutes ces tantes et frères qui gardent des malades au CHU de Brazzaville, vous comprendrez ce que je veux dire. D'autre part, le meurtre dans la société traditionnelle était chose rare - tout comme le crime dans l'absolu.

En fait, ce kimuntu bantou est à la base de toute la haute spiritualité de la terre. Ce n'est pas ici le propos mais un jour, je développerai cette thèse et ceux qui font des recherches et qui sont intéressés par le sujet peuvent me contacter.

Le kimuntu bantou mettait le groupe au-dessus de l'individu, de sorte que l'individu était lié à son clan, à son lignage, à son village par des liens qu'on qualifierait d'organiques et non de mécaniques, les liens mécaniques étant des liens qui ne valent que dans une situation tandis que les liens organiques valent toujours. On est lié à son patron par un lien mécanique et à sa mère par un lien organique qui vaut tout le temps - même quand elle n'est plus de ce monde. Je pense que vous avez compris.

Une autre valeur est la rélégation du matériel au niveau symbolique. Les Kongo disent pour dédramatiser la nourriture et faciliter le partage : " Dia, ntuffi", entendez "la nourriture n'est que fèces". Un chasseur qui tue un gibier recompose par la distribution sociale le lien collectif : vous reconnaîtrez dans les parts le clan, le lignage ou tout le village. Il ne pensera pas à  le vendre comme de nos jours et à thésauriser de l'argent. C'est à cela que je soutiens que sur le plan de l'éthique, l'Afrique était supérieure à l'Europe. Nous avions par le passé réussi à faire vivre des millions de personnes rien que par la puissance de la relation sociale structurée dans la doctrine du kimuntu. Comment pouvait-on mourir de faim quand il existait toute une classe de "mères" ou de "pères" ? Si la mère-génitrice n'avait rien, il suffisait d'aller voir sa soeur ou les collatérales en voie matrilinéaire pour trouver à manger. A Mossendjo, les parcelles de mon clan n'ont pas de clôture ; je me faufilais d'une parcelle à une autre pour trouver à manger. Le kimuntu a favorisé la paix entre les tribus et entre les royaumes.

Comparons un peu avec l'histoire de l'occident faite de guerres, de guerres et de guerres. Ce sont des sociétés patriarcales et matérialistes qui sont obligées d'asservir les paysans pour survivre. L'esclavage a commencé en Europe et comme on peut toujours être plus grand seigneur qu'on ne l'est,  on guerroyait tout le temps ; ce qui amena la construction des forts, des forteresses, des châteaux, le développement des armes, de l'armée qu'on ne trouve pas en Afrique - sauf en Egypte, notamment après la première invasion par les Hycksos. En Occident, l'homme n'est pas le bien le plus important puisque l'argent vaut mieux que l'être humain. On détruit des forêts, on vide les océans, on pollue tout (vous n'avez qu'à penser à la pollution causée par BP sur les côtes américaines). Pourquoi ? Pour avoir des petits papiers avec des numéros dessus ! Quand il n'y aura plus rien à manger, mangerez-vous des billets de banque quand le paysan ne vendra plus sa salade et que le pêcheur gardera son poisson ? Et avec ça, l'Occident a imposé son modèle absurde au monde entier ; ce qui conduit le monde inéluctablement vers un planéticide, un humanocide car la planète existera toujours mais la vie aura disparu.

Il faut d'abord définir les valeurs - notamment dans le domaine public : primat de l'intérêt collectif sur l'intérêt individuel comme dans notre kimuntu qui mettait le groupe au-dessus de l'individu, respect de la chose publique, équité, probité, partage, respect de la loi, fierté tirée du kimuntu par refus de la bassesse humaine, rélégation des choses matérielles au symbolisme comme dans le kimuntu. Celui qui aime son prochain ne le vole pas et ne commet pas d'adultère avec l'épouse de celui-ci. J'ai vécu dans un village où il n'y avait ni adultère, ni vol. Le chef du village, un grand juge, était très consulté et on venait de loin pour cela. Dans notre kimuntu, on ne faisait pas que juger. Nous avons même chez les Punus des avocats et des délibérations. Tenez, en Occident, quand une mère a des problèmes avec sa fille sur un héritage, le juge règle le litige mais ne racommode pas la relation sociale ; dans le kimuntu bantou, on va jusqu' à rapiécer la relation !

Le fait de ne pas définir les valeurs indique que les antivaleurs sont floues et ne pourront être correctement combattues. L'homme est égoïste, notamment l'homme moderne qui vient de l'imitation du modèle occidental et il fera passer sa petite personne avant le collectif si rien ne l'y dissuade. En Occident, ils ont la parade de la loi et de la démocratie. Nous, qui avons perdu notre kimuntu, n'avons rien puisque la démocratie et la loi ne marchent pas et surtout, nous avons perdu nos racines, notre kimuntu, ce qui nous rend vulnérables aux attraits des autres cultures pourtant moins vertueuses que la nôtre qui dota le monde de l'Egypte qui diffusa la lumière noire au reste du monde. Tout est à reconstruire. Or, on n'accorde pas l'importance qu'il faut aux sociologues, ethnologues, aux traditions. Le monde va mourir. L'Afrique  noire mourra avant le  reste du monde. Déjà qu'ils nous prennent pour des animaux...  C'est une prophétie.

Partager cet article

Published by Le Lion de Makanda (LDM) - dans demain le congo brazzaville
commenter cet article

commentaires

Abed-Nego 27/05/2010 22:37



Bonsoir,


 


Pourriez vous publier cet article si vous en voyez l'utilité biensur?


C'est horrible comment les gens sont cruels


http://www.rightsandwrongs.co.uk/asia/thailand/1514-thais-donate-whitening-skin-cream-to-haiti


Cordialement,


 


 



Présentation

  • : JOURNAL D'ACTUALITES ANIME PAR LE LION DE MAKANDA. SITE WEB DES DEMOCRATES CONGOLAIS COMBATTANT LA DICTATURE SASSOU NGUESSO
  • JOURNAL D'ACTUALITES ANIME PAR LE LION DE MAKANDA. SITE WEB DES DEMOCRATES CONGOLAIS COMBATTANT LA DICTATURE SASSOU NGUESSO
  • : Journal d'actualités sur le Congo-Brazzaville administré par le LION DE MAKANDA (LDM) pour les démocrates patriotes du Congo-Brazzaville œuvrant pour le retour de la démocratie perdue en 1997. Nous nous battons par amour avec les mots comme armes et le Web comme fusil.
  • Contact

STATISTIQUES

 

D.N.C.B. : PLUS DE 15.000.000 DE PAGES LUES ***, PLUS DE 10.000.000 VISITEURS DE UNIQUES, *** PLUS DE 3000 ARTICLES, *** 517 ABONNES A LA NEWSLETTER, *** PLUS DE 2500 COMMENTAIRES... 

Recherche

MESSAGE&RADIO&TV DU JOUR

LDM_SWING.gif

                                               

VIDEO DU JOUR

 

 



Articles Récents

IMAGES

SassouKadhafi.jpgBonobo-copie-1.jpgBedieOuattara.jpg4lions-drinking.jpgBernard-Kouchner-Nicolas-Sarkozy-Mouammar-Kadhafi-1.jpgchemindefer-1-.jpgbrazza_la_poubelle.jpgChristel-Sassou.JPGchiracsassou3.jpgedouoyo1.jpglisb1-1.jpgbrazza-la-poubelle-1.jpgplissouba3.jpgdebrazza.jpg