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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 12:33

J'admire beaucoup Kovalin Tchibinda. Je le prends au sens d'une entité idéelle, d'un esprit, d'un homme qui donne la primauté à la réflexion et peu importe qu'on se trompe ou qu'on n'accède pas à la bonne solution tout de suite. L'essentiel est de susciter le débat et il s'y engage.


Il a compris que pour trouver des solutions aux épineux problèmes de l'heure, il faut retourner à la sociologie qui nous fournit le terrain de lecture de la réalité. Je n'ai pas pu assister au débat sur la tribalité pour plusieurs raisons : j'ai célébré un important événement récemment et je dois me rendre à Paris le 4 avril 2011 pour un procès contre le clan Sassou&Nguesso. Sur le plan financier, j'étais trop court mais ce n'est que partie remise.


Nous souhaitons organiser un débat sur le Congo à Lyon où Kovalin sera invité afin que nous puissions débattre ensemble de certaines idées. Nous nous rejoignons à plusieurs points de vue mais il y a une lecture des conséquences différente ici et là.


Allons tout de suite à l'essentiel : le concept de "tribalité" est un néologisme qui essaie de rendre compte d'une certaine situation. S'il fallait en faire l'objet d'une thèse sociologique, il faudrait le mesurer sur le terrain et là, les choses serait beaucoup plus difficiles. Dans le milieu urbain par exemple, il y a une telle mixité ethnique accentuée par les mariages qu'il serait difficile de lire la tribalité. Le terrain où ce concept serait à coup mesuré est le terreau politique et ses implications actives dans le domaine de la redistribution de l'autorité, des ressources et dans la mise en place des infrastructures. A regarder les généraux dans l'armée, les députés, les postes politiques, les postes de décision à quelque échelle que ce soit, la "tribalité" pourrait être mesurée mais, il y a un mais si on se pose une seule question : s'il n'existait qu'un seul groupe ethnolinguistique ou une seule ethnie, serions-nous débarrassés de la discrimination politique ?


En fait, c'est bien de cela qu'il s'agit et mes craintes sont telles que je redoute que l'idée d'une présidence tournante légitime cette discrimination politique - ce qui nous éloignerait encore un peu plus de la république que ce n'est déjà le cas. Imaginons qu'on ne change rien dans notre microcosme national et qu'on y introduise juste la présidence tournante entre Kongos, Ngalas et Tékés - ce qui du reste poserait un problème puisqu'on discriminerait les groupes minoritaires comme les Pygmées entre autres. Mais passons, nous sommes dans un paradigme (modèle) et regardons ce qui se passerait :

Si le mandat est de sept ans, chaque groupe ethnique doit attendre théoriquement quatorze ans avant de retrouver le pouvoir. Ce qui risque de se passer est la chose suivante : "Nous Kongos, nous Ngalas, Nous Tékés, avons sept ans pour jouir des richesses du pays et arranger notre espace tribal. Les autres le feront pour le leur quand viendra leur tour. On change tout : l'armée, la police, l'assemblée, le sénat et on en profite au maximum car ensuite il faudra attendre quatorze ans !"

Quant au découpage du pays en trois zones, qui en décidera ? Les Tékés ne sont pas que dans les Plateaux, par exemple : les Tsanguis de Mossendjo dans le sud font partie du groupe Téké. Kovalin a reproché au colon le découpage du pays selon des lignes imaginaires. Comment peut-il envisager de faire la même chose ? Comment envisager pour nos frères du nord d'atterrir à Brazzaville ou Pointe-Noire en prenant un visa ? Va-t-on demander aux populations des grandes villes de retourner dans leurs espaces linguistiques - même s'ils sont nés à Brazzaville ou à Pointe-Noire ? Va-t-on surajouter au droit du sol et du sang le droit ethnique ? Un fils d'une mère du sud et d'un père du nord va-t-il avoir la double ou la triple nationalité si son père est moitié mbochi et moitié téké ? Et que faire des autres ethnies qui n'entrent pas dans ces trois grands groupes ethnolinguistiques ? Va-t-on leur demander de créer leurs propres micro-Etats ? Sur le plan pratico-pratique, la triple scission est un dangereux recul, une marche à rebours, une histoire à reculons - alors qu'il faille aller de l'avant. Une telle philosophie partitionniste aura du mal à être soutenue - parce que difficilement applicable : les deux-tiers de la population nationale vivent dans les quatre plus grandes villes qui sont au sud. En tout cas, tout ceci est plus difficile à mettre en pratique qu'une juste redistribution des richesses à tous et la prise en compte des compétences des uns et des autres...

Conséquence, la solution n'a pas résolu le problème du tribalisme car même s'il n'existait qu'une ethnie, le "tribalisme" deviendrait "clanisme" - déjà qu'entre les Mbochis d'Ollombo et ceux d'Oyo les tensions existent et qu'au niveau des Kongos, l'unité n'est pas aussi manifeste qu'il ne paraît. Car il faut se dire que dans le cas où les Kongos auraient leur tour d'exercer le pouvoir, on ne nous dit pas comment on va déterminer le fameux "président". Je crains qu'entre Vilis, Laris, Bembés, etc, on ne revienne à un "mini-tribalisme", chaque groupe voulant que le président soit l'un des siens.


Et si l'on passe au vote, il y a le risque qu'au niveau des Kongos, que le président soit TOUJOURS du Pool puisque les Kongos-Laris sont les plus nombreux. Retour à la case-départ. On a voulu échapper à la loi du nombre mais on la retrouve même à ce niveau restreint. Il faut donc creuser pour trouver une solution qui élimine la "somatité", un néologisme qui dépasse la "tribalité" en l'incluant. Par somatité, j'entends un mode d'adhésion qui est lié à l'identité charnelle qui se décline de façon large en identité ethnique ou identité tribale par opposition à une adhésion principielle qui se fait au niveau des idées, base de la démocratie à l'occidental. Cette somatité est de plus en plus forte du rayon vers le centre. La preuve est faite par Sassou lui-même qui se sert d'abord, lui, puis Oyo par rapport aux autres localités même du nord-Congo et à l'intérieur d'Oyo, il privilégie sa famille et dans sa famille ses propres enfants. On ne peut s'en sortir de la sorte. La somatité est par exemple la relation qui lie l'enfant à sa mère et qui par la suite se transmet par le fait de posséder un ancêtre commun, supposé ou réel et qui se commute par une langue et une culture commune qui portent par la perte de la mémoire à une origine commune lointaine.


Griaule estimait qu'il n'y avait pas de bonne colonisation sans bonne ethnologie. Nous pensons qu'en Afrique, il ne peut y avoir une bonne politique sans bonne sociologie.

En Europe, le consensus est idéel et sanctifié dans la loi que tous ont acceptée. "La somatité" est faible et s'exprime dans certaines idées comme chez les Corses, les Bretons, les Alsaciens, etc, pour ce qui est de la France mais le consensus républicain qui fonde l'identité citoyenne est au-dessus de tout.

En politique française, il y a un consensus sur le fait que le parti dont les idées remportent l'adhésion de la majorité pendant une élection exerce le pouvoir et les affaires du pays pendant un nombre d'années, chaque citoyen étant une voix qui possède des droits et des devoirs inaliénables qui sont garanties - QUEL QUE SOIT LE CAMP QUI REMPORTE L'ELECTION. Rien ne nous empêche par exemple de garantir à chaque Congolais un ensemble de droits élémentaires inaliénables - quelle que soit son ethnie ou sa tribalité. Rien ! Nous partons avec ce défaut et les droits présupposés par des constitutions imitées qui ne nous ressemblent pas, deviennent vite des privilèges ethniques.


La somatité est beaucoup plus forte que le principe abstrait. Ca me rappelle dans la Bible, ces Hébreux qui ont préféré adorer le veau d'or parce qu'il le voyait et qu'ils n'étaient pas préparés à un Dieu abstrait qui n'avait pas d'existence en dehors des idées qu'ils en avaient. Si Moïse demande à Hobab, fils de Jéthro de les guider dans le désert, c'est qu'il n'y a aucun Dieu qui les guide !


Nous estimons que l'erreur commise depuis cinquante ans est de ne pas avoir tenu compte de ce que nous sommes vraiment pour construire des nations orignales. Je vous signale au passage que la démocratie à l'occidental n'est pas nécessaire ou indispensable pour atteindre le développement : regardez le Japon, la Chine, troisième et deuxième puissances mondiales en matière économique. Ce ne sont pas des démocraties à l'occidental. Cela ne veut pas dire que tout y est bien car l'essentiel dans la démocratie véritable est la garantie d'une distribution nationale assurée en matière de droits fondamentaux - à TOUS.

Si le fait d'être Kongo, Téké ou Ngala n'a pas d'importance au niveau de la distribution de certains droits sociaux nationaux et que son identité n'hypothèque pas son avenir, un grand pas peut être franchi - sinon, on ressassera la revanche comme ce ministre qui sous Lissouba a crié : "C'est notre tour, c'est notre pouvoir !"


Qu'est-ce qui empêche Sassou de procéder à l'électrification générale de tout le pays ? Est-ce parce qu'il est Mbochi qu'il ne le fait pas ? Pourquoi ne construit-il pas d'hôpitaux, d'écoles dans les villes où coexistent toutes les ethnies et la majorité de la population ? Parce qu'il est Mbochi ? Pourquoi n'y a-t-il pas d'eau au Congo ? Les Mbochis ne souffrent-ils pas de la soif à Brazzaville ou à Pointe-Noire ?

Je crois qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond : même dans des nations où la royauté est le mode de gouvernance, on se préoccupe de la totalité de la population et personne ne comprend pas pourquoi Denis Sassou Nguesso ne le fait pas : c'est parce que cet homme n'est pas un Congolais et il faut d'abord solder le cas de ce monsieur pour qu'on puisse résoudre les autres problèmes. Je suis d'accord avec Dzon qu'il est l'anti-Congo. Donc il faut qu'on revienne au Congo.

Nous avons déjà proposé dans un article le point de vue de la tradi-république qui est assez original. Je n'ai point ici l'envie de revenir à cette réflexion. Aussi, je vous demande le lire

 

                                                                            ICI

 

Il est facile de distinguer les fausses chefferies des vraies. Il suffit de faire collaborer les groupes ethniques eux-mêmes. Et de plus, nous avons des historiens et il est possible de recourir à la généalogie pour distinguer le vrai du faux.

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Published by Le Lion de Makanda (LDM) - dans demain le congo brazzaville
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Gaston MABIROU 30/03/2011 03:45



Je vous invite à consulter également la discussion suivante http://mwinda.org/index.php?option=com_content&view=article&id=670:le-q-mal-congolais-q-par-jean-francois-sylvestre-souka&catid=101:article#comments



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