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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 21:37

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COMMENTAIRE : Certes, André Okombi Salissa a fait ses armes au propre comme au figuré auprès de Denis Sassou Nguesso comme Pascal Lissouba a commencé les siennes sous Massamba-Débat qui, même si nous le considérons comme le meilleur président du Congo pour avoir beaucoup fait avec peu, - n'était pas un démocrate loin s'en faut. Mais s'il a accepté de servir son pays sous le joug d'un dictateur, les faits montrent que sa voix discordante au dedans quand il faisait partie du gouvernement comme désormais au dehors depuis qu'il l'a quitté, dérange. Pour réduire l'influence de cet homme, Denis Sassou Nguesso a été obligé de démanteler le CADD-MJ qu'il avait pourtant lui-même créé et, comme si virer André Okombi Salissa du gouvernement ne suffisait pas, le grand nzokou l'a suspendu du PCT pour une durée inderterminée. L'homme brille pour être le seul à avoir osé envisager une autre alternative au sein du pouvoir des crocodiles du PCT - et surtout, la réputation d'Okombi Salissa que j'ai reçue de diverses personnes reconnaissantes au sud en 2008, voyait en lui le nouveau "Lissouba" - ce qui bien entendu, n'engage que les okombistes qui sont nombreux et dispatchés sur toute l'étendue du territoire.

Certes, on ne fait pas du neuf avec du vieux mais tout de l'ancien n'est peut-être pas à jeter non plus. Okombi n'a pas attendu d'être hors du gouvernement comme certains que je ne nommerai pas pour jouer sa musique a contrario. Nous ne défendons pas l'homme mais le combat qui nous attend pour renverser l'éléphant appelle que les buffles qui connaissent les habitudes du mastodonte soient associés pour sa chute finale. Qui peut comprendre comprenne...

                    *********************

Numéro 382-383 - Congo-Brazzaville - André Okombi Salissa appelle au sursaut national


CONGO-BRAZZAVILLE

André Okombi Salissa appelle au sursaut national

Propos recueillis par François Gervais et Jacques Tomb

 

« Le Congo est à la fin d'un cycle de l'histoire...

Le temps d'une autre génération est venu »

 

Les propos d’André Okombi Salissa, candidat déclaré à la succession de Denis Sassou Nguesso, ne laisseront personne indifférent, au Congo. A un moment où les opposants de ce pays, généralement, grognards à l’endroit du régime, rasent les murs, pour ne pas commenter l’intervention des forces de l’ordre et de sécurité au domicile du colonel Marcel Ntsourou, l’« enfant terrible » du paysage politique congolais dit ce qu’il pense. Pour lui, « le Congo connaît une fin de cycle de son histoire. Le temps d’une autre génération d’hommes politiques est venu ».

Eminent membre de la majorité présidentielle, ancien ministre (15 ans passés au gouvernement de 1997 à 2012), actuellement député et membre du Bureau politique du Parti Congolais du Travail (PCT, parti présidé par le chef de l’Etat), André Okombi Salissa sort des vérités qui vont beaucoup déranger au Congo. Pas seulement dans son propre camp politique.

 

AFRIQUEDUCATION : En mars et septembre de cette année, deux articles sur vous ont paru dans Afrique Education, entraînant énormément de réactions, dont certaines très hostiles. Je pense, surtout, à l’article de la 2e quinzaine de septembre qui titrait : « Okombi Salissa peut-il succéder à Sassou Nguesso » ? Pouvez-vous devenir président du Congo en comptant autant d’ennemis ? Ne faudrait-il pas changer de métier ?

André Okombi Salissa : J'ai lu les publications auxquelles vous faites allusion. C'était dans les deux cas des analyses sur mon parcours et ma modeste contribution à la vie politique de notre pays. Les auteurs ont essayé, à leur façon, de restituer la réalité géopolitique du Congo, et ont fait quelques pronostics. Chacun a pu apprécier l'approximation ou l'exactitude de ces analyses. Pour ma part, j'avais noté sans porter de jugement. Quant à l'adversité de certaines réactions, je pense que cela va de soi en politique, et plus particulièrement en démocratie.

 

Vos adversaires disent que vous n'avez pas les compétences pour les fonctions qui vous avaient été confiées dans plusieurs gouvernements auxquels vous aviez participé, et que vous devriez quitter la politique. Allez-vous les entendre et changer de métier ?

Les entendre, oui, les suivre, non. Dans les publications que vous avez citées, vous aviez plus ou moins retracé ma biographie. Dans cette petite histoire, vous aviez rappelé que je suis ingénieur de formation, et qu'à la fin de mes études, dans un institut qui comptait plus de mille étudiants dans l'ex-Union Soviétique, nous n'étions que cinq à nous voir octroyer une bourse d'excellence de doctorat. A mon retour au Congo, j'avais fait mes débuts dans la fonction publique avant que la politique ne prenne le dessus. A l'aube de ma cinquantaine, j'ai plus de trente ans d'engagement et de lutte politiques, dont une expérience parlementaire et quinze ans à la tête de plusieurs départements ministériels. Ce n'est peut-être pas assez pour certains. Mais vous le savez, la critique est un art facile. Je n'ai pour moi que mes convictions et mon engagement qui ne seront jamais atteints.

 

Vous n'êtes pas militaire, mais vous avez dirigé le Front 400 pendant la guerre de 1997. On vous reproche d’avoir, comme votre mentor, Denis Sassou Nguesso, du sang des Congolais et des Congolaises sur les mains.

Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?

C'est une façon extrême de décrire la réalité. Mais avant tout propos sur les événements douloureux que notre pays a connus à des moments divers, je voudrai m'incliner devant la mémoire de toutes les victimes des violences politiques. Ceci dit, 1997 est un horrible souvenir, pour tous les Congolais. On n’aurait jamais dû en arriver là. On a écrit depuis des siècles que la guerre n'est jamais propre, ce n'est donc pas une nouveauté que de convenir et de condamner la guerre de 1997, d'autant plus que ce n'était pas contre un ennemi venu de l'extérieur. Mais, j'insiste là dessus, nous devons tous nous poser la question de savoir, pourquoi et comment, nous en sommes arrivés à la guerre ? Notre parti le PCT (Parti congolais du travail), au pouvoir, en 1991, avec le président Sassou Nguesso, avait organisé la Conférence nationale souveraine (CNS), et permis à tous les Congolais de s'exprimer, librement, sur la gestion du pays. Personne, malgré la violence de certains propos n'avait été inquiété. Nous avions organisé les premières élections libres et transparentes depuis l'indépendance. Candidat à ces élections de 1992, le président Sassou, qui les avait organisées, il faut le rappeler, avait perdu et avait, immédiatement, félicité le chef d'Etat élu, le professeur Pascal Lissouba. Je vous parle là et je ne vous parlerai que des faits qui sont tous vérifiables. Le nouveau pouvoir avait pour première mission, en dehors de son programme, de mettre en œuvre toutes les résolutions de la CNS, notamment, prendre toutes les dispositions pour garantir les libertés et droits fondamentaux des citoyens. Cela avait été un échec. Le nouveau pouvoir n'avait même pas été capable d'exécuter le programme pour lequel il avait été élu. Le nouveau pouvoir refusait d'organiser les élections en 1997. Toutes les preuves existent qu'ils avaient tiré les premiers. Si nous ne nous étions pas défendus, je ne suis pas sûr que je serais là, aujourd’hui, en train de vous parler. Cela peut paraître banal, mais, il faut se replacer dans le contexte de l'époque. Nous, les responsables politiques de l'opposition, étions en danger de mort. On ne nous avait laissé aucun autre choix que celui de la légitime défense. Nous nous sommes défendus. Et si nous n'avions pas gagné la guerre, nul ne sait ce que serait devenu le Congo.

 

Voulez-vous dire que vous avez sauvé la démocratie?

Chacun appréciera sur pièce. Mais, bilan contre bilan, nous avons fait mieux que l'ancien pouvoir sur tous les plans. Le processus démocratique a repris depuis 2002. Il est encore imparfait à maints égards, je le concède, mais il ne pourra que s'améliorer avec la vigilance de chacun de nous. Les différents gouvernements auxquels j'ai appartenu, ont restauré la sécurité dans tous les espaces du Congo. Nous avons payé toute la dette sociale. Il demeure des imperfections dans la gouvernance, que je dénonce d'ailleurs, mais nous sommes loin de la période 1992-1997. Je n'ai aucune prétention quant à la sauvegarde de la démocratie. J'ai, comme beaucoup d'autres, apporté une modeste contribution, notamment avec le CADD-MJ (Comité d’action pour la défense de la démocratie – Mouvement de jeunesse) que je préside depuis 1993.

 

D'accord, mais est-ce qu'un guerrier est légitime en politique?

Je ne me définis pas comme un chef de guerre, les termes résistant ou défenseur de la démocratie me semblent plus appropriés. Pour la guerre en elle-même, cela dépend des causes et de ce qui en ressort. Les vainqueurs de la guerre de 40-45 avaient de bonnes raisons de se battre. Pour le Congo, nous ne pouvions pas laisser une dictature évincer une démocratie naissante et anéantir, ainsi, les espérances du peuple à la liberté et aux droits fondamentaux. Au demeurant, il faut signaler que tous les grands acteurs politiques actuels du Congo ont participé à cette guerre de façon directe ou indirecte.

Dans un camp comme dans l'autre, nous savons tous quel était le rôle de chacun. Certains étaient des chefs politiques de la guerre, et n'ont pas touché aux armes, d'autres conseillaient ces chefs politiques, d'autres, encore, renseignaient sur le terrain ou agissaient pour contenir l'adversaire. Bien entendu, nombreux n'avaient eu que le courage de fuir pour revenir donner des leçons de politique à ceux qui s'étaient battus pour sauver la jeune démocratie. 1997 est un déterminant pour tous les responsables politiques. Chacun doit pouvoir dire il était où, et il faisait quoi ? Notre famille politique avait accompli son devoir, nous nous étions battus pour notre pays. Il n'y a pas de honte à cela, même si nous n'en revendiquons aucune gloire. Personne ne peut et ne doit être fier des tragédies de notre histoire nationale et des atrocités subies par les Congolais depuis 1959 jusqu'en 1997, en passant par 1993-1994. La conscience de la douleur des parents des victimes nous oblige à veiller à ce que cela ne se répète plus jamais.

 

Pour dire les choses crûment, on vous reproche, également, d’avoir détourné beaucoup d’argent des caisses de l’Etat. Certains Congolais pensent même que votre place est dans une cellule de la Maison d’Arrêt de Brazzaville, et non, à la magistrature suprême.

Que leur répondez-vous ?

Mes adversaires politiques ont mis beaucoup d'ingéniosité à créer ces rumeurs, à les faire courir, et à les entretenir. Ce n'est pas nouveau en politique, où l'on applique, plutôt, très bien, l'adage selon lequel : « qui veut noyer son chien, l'accuse de rage ». Certains, même, dans notre famille politique, n'apprécient pas mes prises de position et mon franc-parler. Ils y vont, alors, de toutes les ruses et de toutes les intrigues. Dans tous les départements ministériels dont j'ai eu la responsabilité, jamais, aucun service, ni de l'Inspection générale des Finances, ni de l'Inspection générale de l'Etat, n'a formulé des griefs de quelque nature que ce soit sur la gestion du département. Des rapports d'inspection existent. Je n'ai jamais fait l'objet d'aucune procédure du fait de ma gestion publique. Mais, évidemment, les calomnies ont la vie dure. Il en est resté quelque chose.

 

Ne craignez-vous pas, justement, que vos prises de position actuelles, parfois, très dures, contre votre camp depuis quelques temps, ne donnent à certains, à Brazzaville, l'idée d'instruire un ou des procès contre vous ?

Cela ne surprendra personne.

 

On dit que pour succéder à Sassou Nguesso, vous êtes partisan du "tout sauf un Nibolek", "tout sauf un homme du Pool", ou "tout sauf un M'Bochi".

Que répondez-vous ?

Ces formules sont condamnables et ceux qui les ont inventées indignes. C'est contre cela que nous luttons, depuis, toujours. Un Congolais ne doit jamais être réduit à ses origines. Chacun doit pouvoir participer à la vie publique et à la gestion des affaires de la nation à l'aune de ses compétences et de sa capacité d'apport. La fonction suprême de l'Etat doit échoir à celui qui, en plus, d'une addition de vertus, aura accepté la différence et la diversité culturelles et ethniques comme participant à la richesse de notre pays. Les hommes sont le produit de leur environnement, pas celui de leurs origines. Je dénonce et je continuerai à combattre le Plan concerté, et sciemment, mis en œuvre, depuis plusieurs années, qui consiste à former des jeunes dans tous les domaines pour installer une hégémonie ethnique au Congo sur plusieurs générations. Pour la réalisation de ce Plan, on s'est accaparé, systématiquement, de tous les leviers du pouvoir ; tous les postes sensibles de l'administration civile et militaire sont, systématiquement, attribués aux ressortissants de la même ethnie. Tout se passe comme si une ethnie renfermait, subitement, tout le génie national. Cela est inacceptable et révoltant. D'autant plus que ça prépare les conflits de demain, en exposant les membres innocents de ladite ethnie à la vindicte des autres. C'est un Plan pour créer des solidarités subjectives et belliqueuses. C'est une appropriation de la théorie de la tribu-classe que nous avions condamnée hier.

 

Comptez-vous succéder à Sassou Nguesso ?

Il n'y a pas d'élection ouverte, en ce moment, au Congo. Je ne suis, donc, candidat à rien, sinon, à ma sérénité. Je crois, cependant, que le débat sur la succession du président Sassou Nguesso est inéluctable, il s'imposera même à ceux qui veulent nier la finitude de l'humain. La constitution actuelle du Congo fait que le président Sassou ne pourra plus se représenter à la fonction suprême de l'Etat. C'est un fait avec lequel notre parti doit faire. Il ne faut pas chercher à tromper l'histoire. La seule vraie question, de mon point de vue, pour tous ceux qui ont accompagné le président Sassou dans sa longue vie politique, est de mettre un cadre pour lui éviter un faux pas sur le dernier virage. Il faille mettre toute notre expérience politique à profit et mobiliser toutes les ressources pour consolider son legs à la nation. Vouloir biaiser avec l'évidence de la fin d'un cycle de l'histoire, c'est prendre des risques inutiles, pour lui-même, et pour le pays. Le pays est, actuellement, stable, c'est, déjà, un très bel héritage, sur lequel il faut construire. On est, parfois, plus grand par la façon de quitter le pouvoir que par la façon d'y accéder. Mandela avait réussi les deux. C'est un Grand Homme. Le général de Gaulle, qui était, lui aussi, un repère, pour rappeler qu'il vaut mieux quitter les choses avant qu'elles ne vous quittent, disait, qu'il valait mieux "quitter les choses cinq ans plus tôt que cinq minutes plus tard". Bien que ce soit malgré nous, nous devons reconnaître que nous ne sommes pas entrés par la grande porte en 1997. C'est la moindre des choses que de tout faire pour sortir par la grande porte. A vouloir à tout prix répéter l'histoire, elle risque de bégayer.

 

Vous avez dit dans une interview parue au Congo que vous étiez contre toute modification de la constitution. Maintenez-vous cette déclaration?

Evidemment. C'est une question de logique et de cohérence. C'est nous qui avons conçu et rédigé ce texte. Nous avons dépensé des trésors d'énergie pour l'expliquer et le défendre, partout. Il a été accepté et adopté, par référendum, en 2002. Il a garanti, pendant la dernière décennie, la gouvernabilité du pays dans la stabilité. A ce jour, je n'ai entendu personne, dans ma famille politique, lui reprocher quoi que ce soit. Je soutiens, donc, qu'il faut continuer à la respecter, dans sa lettre et dans son esprit. C'est dans l'intérêt du pays. Et c'est une question d'honneur et de dignité.

 

Cette question de modification ou pas de la constitution agite les intellectuels et toute la classe politique du Congo. Conscient de ce malaise, le président Sassou Nguesso a mis, en place, une Initiative nationale pour l'apaisement, une sorte d'organe chargé de préparer les Congolais à la tenue d'un Dialogue national comme en RDC. Cette manœuvre devrait, selon toute vraisemblance, aboutir à la modification de la constitution. Comment allez-vous contourner ou résister au rouleau compresseur du pouvoir qui se met en marche ?

Le débat sur la constitution agite, effectivement, la classe politique. Je ne sais pas si cette Initiative nationale pour l'apaisement, coûteuse par ailleurs, soit la meilleure voie. Je crois, plutôt, qu'il appartient au président de la République, de saisir l'ampleur de l'agitation manifeste de la société toute entière autour de l'hypothèque constitutionnelle. C'est le silence des dirigeants qui est l'objet et la cause de toute cette agitation. Nous sommes, exactement, dans la situation de 1996- 1997. Les silences du gouvernement sur l'organisation des élections à l'approche de la fin du mandat du présidentLissouba, avaient pollué l'atmosphère. Nous savons comment cela s'est terminé et ce que ça nous a coûté. Gouverner c'est prévoir, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Quand on accumule des signaux qui donnent l'impression d'une possible modification de la constitution ou d'empêcher l'alternance démocratique de s’exercer, on met le pays en ordre de marche vers des troubles. Cela est inacceptable de mettre le pays sur le qui-vive. Le président, Joseph Kabila Kabangue, jeune en âge, mais, définitivement, assagi par l'expérience des affaires et de la marche du siècle, a précisé, à son peuple, sa volonté de respecter la constitution. C'est un bel exemple.

 

Certains de vos collègues du parti et d'autres anciens collègues du gouvernement plaident, déjà, ouvertement, pour une modification de la constitution. Que leur dites-vous ?

C'est une marche en arrière, un contre-sens du temps. Le pays les regarde. Chacun de nous, à partir de sa naissance, va vers sa fin. Ce sens unique de la vie doit nous inspirer au moment de prendre des grandes décisions. Notre pays doit aller de l'avant. Une génération, avant nous, a fait ce qu'elle pouvait pour le pays. L'autre génération, la nôtre, doit prendre ses responsabilités. Le temps d'une autre génération, la nôtre, est venu. Nous ne pouvons pas nous dérober devant nos responsabilités, et vouloir que ce soit, toujours, les autres qui les portent. Dans les différents partis auxquels nous avons appartenu ou auxquels nous appartenons les uns les autres, nous avons observé et accompagné, loyalement, les anciens. Mais le monde a, considérablement, changé. Les concepts et les grilles d'analyse des années 60 ne permettent plus de comprendre les mutations de notre temps. Les méthodes d'une autre époque ne permettent pas de relever les nouveaux défis. On ne fera pas du neuf avec du vieux. Le temps passe, nous n'y pouvons rien. Des changements s'imposent, il faut les accepter.

 

Vous voulez dire que le président Sassou est devenu trop vieux ou sera trop vieux en 2016 ?

Il n'y a rien de personnel dans ce que je dis, je suis contre les considérations personnelles. Je constate, cependant, que notre continent, plus, particulièrement, la région d'Afrique centrale, est figé dans le temps. C'est, toujours, les mêmes, avec les mêmes méthodes. Ils ont mis une hypothèque sur leurs pays respectifs. Regardez les grandes démocraties ! Les générations au pouvoir se situent, généralement, entre 40 et 60 ans. Les dix premières puissances du monde sont dirigées par des responsables qui sont arrivés au pouvoir, à la fin de leur quarante ans, et le quitteront dans la cinquantaine. Xi Jinping a 60 ans (le président chinois depuis mars 2013, n’aura droit qu’à deux mandats de 5 ans, ndlr), ce qui est, relativement, jeune pour la Chine, un pays qui compte le plus grand nombre de centenaires au monde. Dans nos pays, plus de la moitié de la population a moins de 25 ans. C'est des pays jeunes, qui ont besoin de dynamisme. Il ne faut pas les empêcher d'avancer. Personne n'en a le droit.

 

Qu'avez-vous à proposer aux Congolais ?

Je vous répète que je ne suis candidat, à rien, en ce moment. Le moment venu, le cas échéant, je formulerai mes propositions. Pour l'heure, je veux juste faire prendre conscience aux cadres et militants de notre parti que nous devons préparer les changements à venir dans la sérénité, pour ne pas avoir à nous précipiter ou à improviser. Les changements qui n'auront pas été préparés seront subits. Notre parti a joué un rôle de premier ordre dans l'histoire de notre pays. Au-delà de la responsabilité individuelle, nous avons la responsabilité collective en tant que parti au pouvoir de garantir la continuité du processus démocratique. Face au peuple et à l'histoire, ce n'est pas l'af- faire d'un homme, mais d'un collectif. C'est pourquoi je pense que le parti doit mobiliser toutes ses ressources pour gérer l'alternance à venir, que ce soit une alternance générationnelle, ce que je souhaite, ou une alternance politique. La question n'a jamais été posée jusqu'à maintenant, il le faut ; nous devons faire la part entre la responsabilité des hommes et celle du parti.

Tout en sachant que si nous ne sommes pas vigilants, le parti pourrait être amené à endosser des responsabilités qui ne sont pas siennes. C'est en cela que nous nous distinguons de ceux qui veulent entretenir et prospérer dans la confusion de tout et de tous.

 

Vous insistez sur l'alternance, voulez-vous dire que vous serez prêt à céder le pouvoir ?

Quand on choisit la démocratie, on doit compter avec l'alternance. On ne la souhaite pas, souvent, mais on doit, toujours, l'accepter. Sinon c'est l'éternel recommencement.

 

Notre enquête sur le terrain, au Congo-Brazzaville, nous a permis de constater que vous incarnez au sein du PCT, la face visible de la masse silencieuse de ceux qui veulent le changement. L'appareil du parti étant verrouillé et maîtrisé, comment allez-vous vous y prendre pour imprimer le changement réclamé par les militants ?

Par la force des idées et le courage d'agir. Dans l'histoire, les idées ont fait trembler des empires. Victor Hugo disait que personne ne peut rien contre une idée dont l'heure est venue. Nous sommes à la fin d'un cycle de l'histoire. Une nouvelle page va s'ouvrir. Ceux qui ne le comprennent pas, ou ne l'acceptent pas, sont dépassés et seront retournés avec la page. Il y a une masse de jeunes qui attend qu'on leur propose un avenir. Ils attendent depuis longtemps, certains sont entrés dans la quarantaine ou la cinquantaine sans n'avoir rien eu. Ceux qui les suivent ont peur de l'avenir parce qu'ils n'ont rien sur quoi s'accrocher. Ils sont tous impatients. S'ils n'ont rien, si on leur propose de continuer avec les mêmes pour refaire la même chose, ils vont tout emporter sur leur passage. Celui qui n'entend pas ce grondement assourdissant du peuple congolais en sera pour ses frais. Je veux que notre parti se réforme, pour faire une offre réaliste et réalisable à court terme. Le PCT a des cadres compétents dans tous les domaines et qui ont toutes les expériences. Ils ont droit à ce qu'on les laisse s'exprimer. Je plaide pour l'offre d'une alternative interne et pour une alternance générationnelle.

 

Nous vous comprenons, mais en terme d'actions concrètes, qu'allez-vous faire ?

Je travaille avec certains responsables de notre parti pour ouvrir le dialogue avec la direction actuelle du parti afin de préparer, dans la cohésion, un congrès extraordinaire du renouveau.

 

Les "Okombistes" ne sont pas nombreux à s'afficher, à cause, notamment, de la chasse aux sorcières dont ils font l'objet. Comment comptez-vous les encourager à affirmer leurs convictions et continuer la lutte interne au sein du parti ?

Notre parti a un passé d'autoritarisme et de totalitarisme. Ils se réclament, désormais, des valeurs du pluralisme, qui doivent être mises en œuvre par les protagonistes des pratiques anciennes. C'est une gageure ! Ceux avec qui nous avons des convictions et des valeurs en partage sont déterminés et ne se laisseront pas impressionner. Ils savent que le parti, comme le pays, n’est la propriété de personne. Ils savent qu'une cause juste rend le faible plus fort, tandis qu'une cause injuste affaiblit le plus fort.

 

Beaucoup de cadres de l'opposition apprécient vos prises de position. Dans votre famille politique, on vous suspecte d'entretenir le dialogue avec les responsables de l'opposition. Seriez-vous entrain de préparer le passage au camp d'en face ?

Notre pays est petit, sinon, de taille moyenne, autant, géographiquement, que, démographiquement. Tous les responsables politiques se connaissent et se côtoient. Certains y laissent leurs convictions, malheureusement. J'ai mes convictions et mes choix politiques pour moi. Cela n'empêche que je juge le dialogue dans la classe politique nécessaire, car la connaissance mutuelle facilite la résolution des problèmes lorsqu'ils se posent. Les opposants sont des Congolais. Il y a des cadres de grande valeur parmi eux.

 

Le Congo, pays émergent en 2025. Vous y croyez vous ?

C'est une ambition noble et réalisable. Reste à savoir si c'est réaliste, compte tenu du temps imparti, des moyens mobilisés, et des méthodes de mise en œuvre. Chaque année, de la période retenue comporte des objectifs intermédiaires. L'évaluation de la mise en œuvre des premières années appelle des ajustements urgents. Ils peuvent permettre, avec d'autres concours, la réalisation de cette ambition.

 

Le président Sassou Nguesso prête l'argent du Congo à qui le lui demande et sans consulter le parlement. Il est devenu le banquier de l'Afrique alors que le Congo est, encore, durablement, confronté aux grands problèmes sociaux des pays sous-développés. Cela fait plusieurs centaines de milliards en moins de deux ans, alors que l'eau potable manque, les enfants sont, encore, assis à même le sol dans les écoles, le chômage de masse est endémique. Qu'en dites-vous ?

J'ai noté que cela déplaît, profondément, aux Congolais qui l'assimilent à une provocation. La majorité présidentielle ne gagne pas à garder le silence sur ces pratiques, car elle en sera comptable aux yeux du peuple. L'ensemble des sommes prêtées dépasse, de très loin, ce qui est nécessaire pour améliorer la condition de nos enseignants et des autres fonctionnaires, à qui on oppose, souvent, des fins de non-recevoir. Je ne porte pas de jugement, mais je crois que donner la priorité aux Congolais, devrait guider tous nos choix publics.

 

Vous êtes vous-même parlementaire. Nous avons entendu dire que vos équipes travaillent sur la demande de la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire sur ce sujet.

Mes équipes travaillent sur tous les sujets. J'aviserai en temps opportun.

 

L'affaire des disparus du Beach et des Biens mal acquis sont des épines qui empêchent le président Sassou de dormir. On dit même que c'est à cause de ces affaires qu'il voudrait s'accrocher au pouvoir. Vous ne lui avez apporté aucun soutien sur ces dossiers, notamment, lors des manifestations publiques dites "Touche pas à mon président". Pourquoi ?

J'ai, surtout, dit que ce ne sont pas des dossiers de la rue. L'affaire des disparus du Beach est un dossier grave, même, très grave. Nos concitoyens réfugiés en RDC rentraient au pays sur appel du gouvernement. Plusieurs centaines, dont nombreux étaient des ressortissants de la région du Pool, ont été enlevés, à leur arrivée, à Brazzaville, et portés disparus. La responsabilité de l'Etat a été reconnue par les tribunaux congolais, qui l'ont condamné à indemniser les familles des victimes. Des rapports des Nations-Unies et d'une délégation américaine qui s'était rendue, à Brazzaville, ont considéré que la justice congolaise n'était pas allée jusqu'au bout des questions soulevées par l'affaire, que les faits étaient reconnus par la justice, mais les auteurs de ces faits étaient restés inconnus et n'ont jamais été recherchés. Ces rapports exigent que les auteurs de ces actes soient identifiés et en répondent. Les familles des victimes ont saisi les juridictions françaises pour que toute la vérité soit faite. C'est des faits que je ne peux que constater. Je fais de même pour le dossier des Biens mal acquis.

 

Quel est l'état, actuel, de vos relations avec le président Sassou ? D'aucuns pensent que vous êtes en rupture totale, tandis que d'autres pensent que vous manipulez l'opinion pour son compte ?

Les relations avec le président Sassou font partie de mon histoire. Cependant, pour bâtir l'avenir, ma mémoire obéit à ma conscience. Pour moi, la démocratie n'est pas un sujet de négociation, on s'incline devant ses valeurs. Ceux qui me connaissent et ceux qui ont suivi mon parcours ont pu noter ma constance sur le sujet. L'unité nationale est une priorité qu'il ne faut pas sacrifier. Nous avons payé un prix très élevé pour réconcilier les Congolais. Il ne faut pas les désunir, de nouveau, par de mauvais exemples. Je vois des dangers pour la démocratie et l'unité nationale dans les pratiques actuelles de gouvernance. C'est pourquoi j'en appelle au sursaut de notre parti, à la vigilance de tous les cadres du pays et des jeunes.

 

Le colonel Ntsourou affichait depuis sa sortie de prison une hostilité tenace contre le président Sassou et son régime. Son domicile a été pris d’assaut par les forces publiques ; il s’est rendu après une résistance de plusieurs heures. On y a dénombré plusieurs dizaines de morts et de blessés. Un commentaire ?

D’abord, ma grande consternation. Dans l’Affaire du 4 mars, le procureur général près la Cour criminelle de Brazzaville, avait déclaré n’avoir aucune charge et aucune preuve à charge contre le colonel Ntsourou, et avait demandé que le droit soit appliqué en faveur de cette innocence. Curieusement, les juges l’avaient, tout de même, condamné à cinq ans de travaux publics avec sursis. A sa sortie de prison, le colonel Ntsourou avait déclaré, publiquement, qu'il faisait l’objet d’une cabale. Il avait, notamment, dit, sur RFI, détenir des éléments à charge dans l’affaire des disparus du Beach, qu’il se disait disposé à fournir à la justice. Aucune autorité judiciaire, militaire ou politique, n’a manifesté d’intérêt pour lesdites preuves. Aucune audition n'a été organisée. Curieusement ! Au contraire, la hiérarchie militaire a émis, contre lui, un ordre d’isolement pour manquement au devoir de réserve. Et dans les jours passés, nous avons appris que toute la puissance de feu disponible, à Brazzaville, s’est abattue sur lui, sa famille, et les hommes à son service. Les images sont épouvantables et parlent d’elles-mêmes (Afrique Education a choisi, pour le moment, de ne pas les publier car elles sont d’une horreur inqualifiable, surtout, pendant cette période de fête de la nativité et de l’avènement du nouvel an, ndlr). Je compléterai mon information avant de commenter les faits du 16 décembre 2013 (date de l’assaut de la force militaire de l’Etat contre la résidence du colonel Ntsourou qui comptait une centaine d’hommes armés, ndlr), mais je déplore que dans un Etat qui se réclame de droit, que les moyens de guerre les plus lourds aient été employés dans une opération dite de police, avec autant de victimes.

 

Et pour terminer ?

J'ai un appel. Aux cadres et aux jeunes congolais, quelles que soient leurs appartenances politiques et leurs tendances de pensées, je les invite à prendre conscience de la nécessité d'une alternance générationnelle dans notre pays. Ils doivent savoir que cette alternance ne s'improvisera pas, et aucun cadeau ne leur sera fait. Nous avons des histoires différentes, mais nous avons un avenir commun, que nous pouvons bâtir sur des valeurs partagées. Ceux qui portent l'espérance du changement doivent se faire reconnaître, pour dialoguer entre eux, pour faire reculer les résistances. Une nouvelle génération doit s'engager à bâtir un nouveau Congo. Nous pouvons le faire, nous devons le faire.

 

Toute dernière question. Vous êtes en France, en ce moment, et depuis plusieurs mois. Avez-vous peur de rentrer au Congo ?

Cela fait plus de vingt ans que je suis dans la politique active du Congo. Je rentrerai, assez, prochainement, conformément, à mon agenda.

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