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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 12:33


Depuis l’annonce de la candidature de M. Mathias DZON à l’élection présidentielle de juillet 2009, le concept de « la Tékénité » (qui a toujours existé en état latent) a refait surface. Et la communauté Téké qui a toujours rêvé de voir l’un des siens accéder à la magistrature suprême se met à y croire très fortement. Ce qui relance le débat sur la tristement célèbre phrase : « même les Batékés veulent diriger ce pays ? » prononcée par Me Jacques OKO lors du procès sur l’assassinat du Président Marien NGOUABI. L’unité des Tékés, tout le monde en parle, sera au cœur de cette élection. En effet, les Tékés représentent à eux seuls entre 30 et 40% de l’électorat et c’est peut-être là que se jouera la clé de cette élection, si elle a lieu. De ce fait, avoir l’adhésion de tous les Tékés autour de la candidature de l’un des leurs serait-il devenu un enjeu vital pour cette communauté ? Le vote de l’ethnie demeure-t-il donc le seul facteur clé dans une élection présidentielle au Congo ? Être d’ethnie Téké constitue-t-il véritablement un avantage concurrentiel dans une élection présidentielle au Congo ?    

 

Pour mieux comprendre ce phénomène de « la Tékénité » dans notre pays, une petite présentation s'impose pour éclairer la lanterne des uns et des autres sur ce concept qui symbolise l’appartenance au groupe Téké dont les différentes variantes linguistiques (il regroupe en fait plusieurs ethnies) s'étendent sur tout le bassin du Congo du Nord au Sud ainsi que sur une bonne partie du Gabon et de la République démocratique du Congo, voire jusqu’en Angola, couvrant ainsi une superficie globale de plus de 300 000 km2 sur l’ensemble du territoire de l'Afrique Centrale, c'est-à-dire un peu plus de la moitié de la superficie de la France.

 

Au niveau du Congo, cette large couverture du territoire national fait du groupe ethnique Téké une macro ethnie avec plusieurs variantes dont on peut citer pêle-mêle : les Tékés des Plateaux (les kukuya autour de la Léfini, Etsuali, Ngo, Djambala, Lékana, dont les balafres sont généralement le signe caractéristique tout comme chez les Nziku et les Boma – ils sont proches des Ndumu du Gabon) ; les Ngangoulou dont le fief est Gamboma sur les bords de la Nkéni, ils se mélangent souvent aux Mbochis dont ils sont culturellement plus proches tout comme les moï les tékés Alima (Okoyo, Lékéti) ; les Mbeti et les Ngari (Ewo, Mbama, Etoumbi, Kélé, Mbomo) ; Les tékés de Zanaga ; Les tékés de Sibiti, ; les Badzabi ; les tékés nziningi; les nziku ; les boma sur les bords de la Mpama, Certains groupes tékés comme les mbima ou les yumu se sont mélangés avec les kongo dans le Pool et d'autres se sont mélangés avec les shira ou les kota dans le massif du chaillu. On voit donc bien que du Nord au Sud il y a des Tékés, et il est donc assez aisé de comprendre les différents liens qui les unissent ou les séparent de leurs principaux voisins les Mbochis (au Nord) et les kongos(au Sud).

 

Au Congo, l’histoire du groupe ethnique Téké est étroitement liée à l’histoire coloniale du pays. Ainsi, on sait par exemple que c'est par la volonté coloniale de Pierre Savorgnan de Brazza que fut entreprise l'unification de ces différentes ethnies linguistiques dans un même groupe que le colon nommera « Téké » et placé sous l’autorité d’un même roi indigène MAKOKO, le roi des Tékés basé à Mbé (l’ancêtre de l’actuel roi des Batékés Auguste NGUIMPIO) et qui signa le traité de paix avec la France représentée par De Brazza.

 

On comprend donc qu’avec ces 30 à 40% d’électeurs potentiels la communauté Téké a toujours été au centre de toutes les attentions dans chaque élection présidentielle au Congo. C’est ainsi par exemple qu’en 2002, le Président gabonais Omar BONGO ONDIMBA qui est considéré comme le chef politique des Tékés avait obligé ses "frères" à se mettre en ordre de bataille derrière son beau-fils, Denis SASSOU-NGUESSO. Et avant lui, en 1992 LISSOUBA Pascal, lui aussi d’ethnie Badzabi (Téké) avait très certainement profité largement de cette appartenance Téké, notamment au premier tour où il était arrivé en tête avec un peu plus de 30% de suffrages exprimés. C’est donc tout logiquement et à juste titre que M. Mathias DZON, candidat déclaré aux présidentielles de juillet 2009, qui est d’ethnie Ngangoulou, autrement dit Téké de Gamboma, se met à rêver à son tour d’une forte mobilisation des Tékés autour de sa candidature. C’est là un bon moyen de transcender la question cruciale du vote en fonction de la région ou de l’appartenance régionale des candidats, et donc de contourner la question de la sous représentativité de son parti, l’UPRN et son alliance ARD. En clair, mobiliser très fortement la communauté Téké du Nord au Sud derrière sa candidature, relayée par des personnalités et des notables Tékés, cela lui permettrait de prendre l’ascendant sur ses adversaires car l’appartenance ethnique va au-delà de l’appartenance à telle ou telle région du pays. Que l’on soit Téké des Plateaux, de la Cuvette, de la Cuvette-Ouest, du Pool, de la Lékoumou ou d’ailleurs, on est avant tout Téké. Mais encore faudra-t-il qu’il parvienne à créer l’unité des Batékés autour de sa personne, ou au mieux, qu’il obtienne le précieux soutien du Président Omar BONGO ONDIMBA pour mobiliser les Tékés, même les plus réticents pour qu’ils s’engagent comme un seul homme en sa faveur. Et ça c’est une autre histoire.    

 

Quoi qu’il en soit, pour espérer fédérer le plus grand nombre de ses frères et sœurs Tékés autour de lui, Mathias DZON aura fort à faire d’autant plus qu’il lui est souvent reproché par les autres sous-groupes Tékés, à tort ou raison, de se replier sur les seuls Ngangoulous. Sa tâche sera d’autant plus difficile dans la mesure où son futur adversaire, Denis SASSOU-NGUESSO qui est lui aussi visiblement obsédé par les Tékés dispose également d’une bonne garde rapprochée dans les rangs des Tékés. Ainsi par exemple le doyen des Batékés, l’ancien Premier ministre de Pascal LISSOUBA, Charles David GANAO, d’ethnie kukuya de Djambala (qui a élu domicile de puis 1997 à Libreville aux cotés de son petit-frère BONGO) a semble-t-il déjà été chargé par SASSOU de "surveiller" DZON dans son département des Plateaux, tandis que les ministres André OKOMBI SALISSA (Tourisme et Environnement) et Florent NTSIBA (Equipement et Travaux Publics), tous deux d’ethnie kukuya de Lékana devraient également contrer leur "frère"Mathias dans leur localité. Même le général Emmanuel NGOUOLONDELE-MONGO, pourtant d’ethnie Ngangoulou et opposant déclaré au régime du général SASSOU, ne semble pas voir d’un bon œil la candidature de son petit-"frère" Mathias. Quant au jeune et tonitruant ministre de la nouvelle espérance chargé de la communication, Alain AKOUALA-ATIPAULT d’ethnie Ngangoulou lui aussi, il ne jure que par Denis SASSOU-NGUESSO tout comme l’actuel Président de Sénat, André OBAMI ITOU, qui est également d’ethnie Ngangoulou.

 

Fort heureusement pour DZON, dans ce climat très lourd qui règne actuellement au sein de cette très convoitée communauté Téké, il bénéficie en revanche de nombreux soutiens, et non les moindres, au sein de cette communauté, comme par exemple celui du très respectable et charismatique général à la retraite et ancien membre du Bureau politique du PCT, Ministre délégué à la défense, Raymond Damase NGOLLO, alias « vieux Ngando, papa ya bana » (d’ethnie Téké de Ngabé), ou encore Lambert GALIBALI, ancien Maire de Brazzaville sous MASSAMBA-DEBAT et NGOUABI et ancien Ministre des Travaux Publics de Pascal LISSOUBA, un poids lourd de la région des Plateaux, il inspire le respect. D’ethnie kukuya de Lékanail est considéré comme le notable le plus écouté et le plus respecté de la région des Plateaux après le doyen Charles David GANAO (il compte beaucoup aux yeux du Président Omar BONGO qui le considère comme le successeur de son aîné Charles David GANAO). DZON bénéficie également du soutien du doyen Charles NGOUOTO MOUKOLO. D’ethnie Téké de la Lékoumou, cet ancien membre du Bureau politique du PCT, vice-Premier ministre de Marien NGOUABI et plusieurs fois Ambassadeur, est un fin négociateur et chevronné de la politique, un homme d’une très grande expérience qui sait repérer des jeunes valeurs montantes dont il s’entoure avec beaucoup d’humilité. Au niveau continental, il peut également compter sur le soutien des Tékés du Gabon qui n’ont jamais vraiment apprécié le soutien apporté par le Président Moar BONGO à son gendre. 

 

M. Mathias DZON doit cependant redoubler d’efforts s’il veut avoir l’adhésion du plus grand nombre de ses frères et sœurs Tékés. Cela signifie qu’il devra mieux s’entourer et surtout faire davantage preuve d’humilité en allant vers tout le monde. Surtout éviter de s’enfermer dans ce que l’on pourrait qualifier par son carcan de L’UPRN et des Ngangoulous ou plus généralement des tékés. DZON devra donc impérativement rassembler bien au-delà de son parti et de son ethnie. Il joue là sa crédibilité. Car comme chacun peut le voir, les Congolais dans leur ensemble ne veulent plus avoir affaire à un chef d’Etat qui se replie sur son clan ou sa famille et ils n’en font plus mystère de leur désir ardent de voir ce changement de mentalités s’opérer au sommet de l’Etat. Il est vrai par ailleurs que pendant très longtemps, M. Mathias DZON était habitué en tant que banquier à voir les gens lui courir après pour solliciter des emprunts ou autres facilités bancaires ; ce qui peut logiquement expliquer (mais pas justifier) une attitude qui relèverait donc plus d’une pure déformation professionnelle et qui pourrait être interprétée à tort comme de l’orgueil ou un manque d’humilité de sa part.

 

C’est dire qu’en tant que candidat à l’élection présidentielle, qui est une élection d’un homme face au peuple, il aura donc beaucoup d’efforts à faire pour changer cette mauvaise image d’homme hautain qui semble encore lui coller à la peau. Un bon candidat à une élection présidentielle doit être humble, très ouvert, moderne et attrayant comme Barack OBAMA et doit pouvoir rassembler au-delà de son milieu naturel. Ça s’appelle le marketing électoral du 21è siècle. Et cela suppose naturellement qu’il faut être bien entouré et disposer d’une équipe de campagne dynamique, capable d’utiliser le plus efficacement possible tous les moyens modernes de communication et qui soit constituée d’hommes et de femmes qui reflètent la société dans toute sa diversité sociologique et géographique. Ce conseil tient également pour le candidat Ange Edouard POUNGUI avec qui j’ai eu l’occasion d’échanger souvent et qui est lui aussi accusé de s’appuyer exclusivement sur un petit groupe de ressortissants du Nibolek alors qu’il prône officiellement le changement. C’est la seule clé de succès d’une bonne campagne électorale.        

 

Bienvenu MABILEMONO


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Published by Bienvenu MABILEMONO - dans demain le congo brazzaville
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