Vendredi 26 décembre 2008
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L'Afrique est vraiment le
continent de la démesure. Les choses qui s'y passent n'ont aucune commune mesure avec ce qui se fait et se déroule ailleurs. Tout y semble totalement exagéré dans le grotesque, le ridicule, le
pitoyable - même les richesses sont immenses. Et si vous ajoutez à tout ce panorama une faune et une flore d'exception, vous comprendrez pourquoi ce vaste continent peu peuplé a de quoi tenir de
la démesure.
Cependant, c'est sur le plan humain qu'il y a une démesure encore plus épatante comme quand on voit un capitaine, ce capitaine guinéen, ce Moussa Dadis Camara, qui
s'autoproclame chef d'Etat et que les généraux de l'armée guinéenne laissent faire. Pendant qu'on enterre Lansana Conté, Moussa Dadis Camara prend le pouvoir sur la dépouille de ce dernier. C'est
qu'il faut agir vite, les appétits politiques étant nombreux.
Moussa Dadis Camara paraît jeune, il a en effet une quarantaine d'années, s'exprime bien dans un discours très démagogique qui accroche aux premiers abords. Il se
dit "incorruptible" et prétend ne rester au pouvoir que 18 mois. L'Afrique en a vu d'autres et on verra si monsieur le capitaine a une parole qui vaut quelque chose car partout sur le continent
africain, la parole de nos hommes politiques est fortement dévaluée. Mais on ne peut nier que son discours tout neuf a de quoi susciter l'espoir. Tout le pays s'est mis à ses
pieds et on va devoir le juger à l'oeuvre. Pays pauvre quoique grand producteur de bauxite, le minérai qui permet de produire de l'aluminuim, la Guinée n'a pas besoin de ce nième coup d'Etat.
Mais le phénomène Moussa Dadis Camara au moins le mérite du courage politique que n'ont pas les généraux congolais. Nous verrons bien s'il parviendra à terrasser le népotisme comme il le
prétend et si son coeur sera assez fort pour ne pas céder à la tentation de l'argent, ce démon qui a vaincu bien de grandes âmes.
Certes, il y a eu deux longues dictatures (Traoré, Lansana) avant Moussa Dadis Camara et qu'il faille mettre en place les structures pouvant permettre des élections
pluralistes justes. Le parlement dissout, l'ancien gouvernement démis, le chantier Guinéen est grand ouvert devant le "patriote" armé de courage militaire, Moussa Dadis Camara - et c'est
normal car il ne peut règner sur des institutions qui étaient toutes acquises au défunt Lansana Conté. Comment fera-t-il pour retourner en
dix-huit mois les effets d'un demi-siècle de népotisme ? That is the question...
Conjoncturellement, il est très difficile de bondir de la dictature à la démocratie sans une période transitoire qui préparerait les institutions qui iraient avec cette dernière.
C'est qu'on ne sait pas encore faire automatiquement une démocratie sur les restes d'une dictature - alors qu'on sait comment faire pour en tirer une dictature : il suffit de ressusciter
une nouvelle dictature sur les décombres de la première. Il faut donc comprendre ce qui se déroule en Guinée comme une conséquence de
cette loi dialectique. Au Congo, après Sassou Nguesso, sauf
un sursaut miraculeux, il sera difficile de basculer de la dictature aux institutions démocratiques de 1992. Il faudra un moment de consensus et celui-ci ne vient qu'avec une palabre où toutes
les rancunes sont mises dans la marmite de koka-mbala afin d'en sortir une sauce appelée "paix". On ne fait pas la paix tout seul dans son coin oupar décret car la paix ne se décrète pas
mais on la fait avec tous ceux avec qui on a un grief à résoudre... Sassou Nguesso a un grief à résoudre avec tous les citoyens congolais car il nous a volé la démocratie, le premier consensus
politique que nous avons réalisé après des mois de palabre sociale.
La première leçon, c'est que tout ce spectacle, toute cette pièce de théâtre se joue sous mort d'un dictateur qui a règné pendant un quart de siècle sur la Guinée
et pendant tout ce temps, personne n'a jamais entendu parler de ce charismatique capitaine qui vient de damer le pion à des généraux. Une alternance politique qui attend la mort en est-elle
vraiment une ? Au Congo-Brazzaville, faudra-t-il attendre le décès d'un Sassou Nguesso pour qu'apparaisse un Moussa Dadis Camara congolais ?
Cependant, l'espoir suscité par cet homme, ce Moussa Dadis Camara, ne peut d'emblée être condamné et nous attendons de voir si le fruit Dadis est un bon fruit politique car de nombreux fruits
sociaux se gâtent vite et deviennent aigre au contact de la politique. Nul ne peut savoir dans quelle étoffe sera tissé le futur et l'Afrique promet de nous surprendre encore et
encore...
Par Le lion de Makanda mwan Mizumba
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Publié dans : demain le congo brazzaville
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