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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 13:30
CORRESPONDANCE : MIEUX COMPRENDRE LA CULTURE DE PARENTE MATRILINEAIRE AVEC CLASSES D'EQUIVALENCE

E. M.,

bonjour. Pour ta demi-sœur que je suppose née d'une femme congolaise, sache que du fait qu'elle appartient au kanda (clan) de sa mère et que tu as une mère différente, elle te considère comme moins importante que ses frères et sœurs de même mère. Dans la culture Kongo en particulier et matrilinéaire en général, le fait d'avoir un même père importe peu car l'élément fédérateur en système de parenté matrilinéaire est le moyo ou si tu veux la mère et par delà elle, le kanda ou clan constitué de plusieurs mioyo (ventres ayant enfanté). Cela ne m'étonne guère que vous ne vous entendiez pas. Cependant, vous auriez pu vous entendre si les circonstances l'avaient permis, si le père avait joué un rôle plus fédérateur. 

En fait, deux systèmes de parenté s'affrontent désormais au Congo et dans tous les pays qui ont subi la colonisation : le système occidental qui a une conception de la parenté restreinte privilégiant la cellule conjugale ou matrimoniale comme l'essence de la famille, l'essentiel, le noyau, et le système traditionnel ou ancestral qui donne l'importance à la lignée clanique qui fonctionne autour de la triade avunculaire (mère, enfants, oncle) incluse dans le clan qui est le noyau constituée de mioyo (ventres reproducteurs), un système dont les concepts sont des classes d'équivalence, des ensembles, des genres, pour parler comme le philosophe Feuerbach, et non des individus dans ce sens qu'un fils appartient à la classe des fils, comme la mère appartient à la classe des mères, l'oncle à celle des oncles, le père à celle des pères - avec primauté du groupe sur l'individu. Si un élément d'une classe d'équivalence disparaît, un autre élément ayant les mêmes propriétés se substitue à lui pour poursuivre les mêmes fonctions de père, de mère, d'oncle, de fils, dans un système de nomenclature restreinte, étudiée pour que la distance de parenté soit la plus faible possible. Un enfant perd sa génitrice mais pas sa mère car la classe des mères poursuit le rôle de la défunte. Il arrivait même que la famille pourvoyait une soeur pour remplacer l'épouse défunte (sororat) et l'inverse (levirat) pouvait aussi être vrai. Le système de classe d'équivalence a créé l'harmonie d'une société qui privilégiait la vie, l'être vivant au lieu des ressources naturelles. C'était la grande époque du kimuntu triomphant en tant que superstructure de parenté régissant un mode de production privilégiant la vie et non la ressource matérielle...

Dans l'ancien temps, l'oncle était plus important que le père et c'était normal - dans une culture sociétale à superstructure clanique : les rois pouvaient même choisir leur neveu pour leur succéder au trône. Les conflits ont commencé dès que les Occidentaux ont introduit la chrétienté et leur système de parenté restreinte, avec l'enfant appartenant à la cellule conjugale ou "LIBOTA", simple lieu de reproduction pour la tradition du fait de la prohibition de l'inceste, avec le père comme chef de famille, là où l'oncle avait plus d'autorité sur ses bana nkazi ou rejetons de la soeur. Mes recherches à l'ORSTOM ont montré que des conflits sont apparus entre l'oncle et le père après l'établissement de l'état civil colonial qui faisait de l'enfant la propriété exclusive du père et de la mère, alors que la tradition en faisait un membre du clan avec préséance de l'oncle sur le père en matière d'autorité. C'était normal et même la norme consciente à l'époque du royaume du Kongo et bien avant : le père perdait l'emprise sur sa progéniture mais gagnait en neveux et nièces et, comme on a souvent plus de neveux et nièces que d'enfants, le système paraissait équilibré : on perd des enfants en autorité seulement mais on gagne des neveux et nièces plus nombreux et un plus grand prestige social. Hélas, ce système avait un défaut : qu'advenait-il quand on n'avait pas de sœur ? C'était la catastrophe. On s'arc-boutait alors sur le modèle occidental et des conflits apparaissaient, des conflits portés au tribunal du "Blanc" qui donnait raison au père quand il refusait à l'oncle le droit de venir chercher son neveu. Il en est de même de nos jours où le matérialisme triomphe : quand le père est riche au pays, on soutient la culture occidentale, quand le père est pauvre et l'oncle riche, on est du côté de la tradition. Le likundu entrait en scène pour que la tradition reprenne le dessus sur le modèle exogène de parenté. Voilà un exemple de conflit non pas entre modernité et tradition (la tradition étant péjorative) mais entre notre culture atavique et la culture du colon. 

Comment la tradition résolvait le cas du moyo sans fille, c'est-à-dire, de la cellule conjugale sans fille ? En se rattrapant sur les autres mioyo du segment clanique, dans la mesure où la sœur dans la tradition n'est pas juste UNE SEULE personne mais un ensemble, une classe d'équivalence. Tout comme la mère, le père, etc. Pour rappel, la classe d'équivalence est un ensemble constitué d'éléments ayant les mêmes propriétés, les mêmes fonctions, les mêmes caractéristiques. Si le moyo d'où l'on sortait faisait de vous un fils unique, pas de problème, on se rattrapait du côté des tantes maternelles. Si la mère était aussi fille unique, on se rattrapait au niveau du clan en remontant au niveau de la grand-mère maternelle. C'était un système bien huilé par le temps, par l'histoire. Il serait intéressant de voir comment cela se passait chez les Zulus mais je parie que le système était à peu près identique.

La colonisation ne s'est pas contentée de dominer les Khamites ou Ethiopiens ; elle a essayé de modeler le colonisé à l'image du colon. Le colonisé était plus facilement dominé s'il abandonnait sa propre identité pour prendre celle de son maître. ET LE COLON CREA L'ESCLAVE ET LE COLONISE A L'IMAGE ET A LA RESSEMBLANCE DU MAITRE. Ce phénomène est très patent chez les Antillais qui perdirent totalement leur culture atavique pour s'assimiler à celle du maître-esclavagiste. En Afrique, la culture ancestrale résiste jusqu'à aujourd'hui entraînant des conflits y compris sur le champ politique. Je vais m'arrêter là pour ne pas trop te perturber ; j'essaie juste de t'aider à mieux comprendre la véritable identité kongo pour que tu comprennes mieux ton père. Cette culture était adaptée à un mode de production qui a été totalement détruit ; d'où les problèmes d'une culture qui n'a plus son cadre originel dans lequel elle était totalement intégrée - en qualité de superstructure homothétique.

 

Tu me demandes quel pays pays je souhaite visiter en dehors du Congo. Je te mentirai si je te disais que je ne meurs pas d'envie d'aller au Congo - jouer le rôle que Dieu m'a assigné après l'avoir compris. Je rêve de visiter l'Egypte avant de descendre jusqu'au Soudan qui possède une écriture que personne n'a jamais déchiffrée. Il y a plus de pyramides au Soudan qu'en Egypte. Ensuite, si possible, je me rendrai en Ethiopie avant de descendre en Afrique Australe. Mon rêve est de trouver la langue-mère de tous les peuples qu'on regroupe comme Bantous. Il doit exister une langue que j'appelle le proto-Bantou qui est la mère de toutes les autres qui se sont diversifiées au contact d'autres peuples par emprunt, mélange, diffusion, etc. En fait, je pense qu'il y a eu un groupe qui s'est disséminé au travers de l'Afrique, centrale, australe, du sud, en petits groupes qui se sédentarisaient. Il existe des lieux de séparation entre groupes. Si l'on retrouve le premier lieu de séparation du groupe que j'appelle PROTO-BANTOU, on pourrait retrouver les restes de la langue proto-bantoue qui est à l'origine de toutes les autres.

Enfin, je rêve d'aller en Inde, le pays de la spiritualité multiple. Hélas, je ne peux voyager car le Congo refuse de me donner un passeport et moi, je me refuse de prendre la nationalité française. Je vais écrire à l'ONU pour l'obtention d'un passeport international. J'espère qu'une telle disposition existe...

Je vais t'étonner en te disant que le likundu, au sens péjoratif du terme, a été introduit par les Blancs en Afrique. Chez nous, au royaume du Kongo, par les Portugais. Il existait un "likundu" à l'africaine ; il était fonctionnel et utilitaire : il y avait des hommes puissants qui en période de famine demandaient à la mer ou au fleuve de venir livrer du poisson aux populations et les éléments s'exécutaient. Ils allaient en forêt et revenaient toujours avec des gibiers Quand il ne pleuvait pas, ils faisaient pleuvoir. Aujourd'hui encore, ce likundu fonctionnel et utilitaire est capable de ressusciter un mort comme me l'a dit un ami (N. K.) qui a abandonné la prêtrise en se rendant compte que ce qu'il croyait juste accessible au Christ, un vieil homme de son village pouvait le faire en ressuscitant son neveu - comme quoi, ce que fit Jésus, nos anciens le faisaient déjà et le font encore aujourd'hui. De toute façon, le Christ n'est pas le seul dans la Bible à avoir ressuscité un être humain : Elie et Elisée l'ont aussi fait. Hélas, le KIMUNTU qui est en fait le nom de ce likundu positif, fonctionnel et utilitaire, disparaît ou devient négatif au contact de l'Occident qui a introduit l'individualisme, avec lui, l'égoïsme, avec l'égoïsme, la convoitise, avec la convoitise, le vol, le meurtre, avec le vol, le mensonge, avec le mensonge, le déshonneur et la falsification de la vérité, etc. Ainsi périt le kimuntu qui est suffisance ontologique, c'est-à-dire, la base de tout édifice religieux. SANS SUFFISANCE ONTOLOGIQUE, PAS D'ESPRIT RELIGIEUX VERITABLE. Par suffisance ontologique, j'entends la caractéristique de l'homme qui se suffit à lui-même et qui estime que la vie est la chose la plus importante de l'univers et qu'il faille la préserver - même au détriment de sa propre vie - ce que l'on retrouve même dans le Livre des Morts des Anciens Egyptiens. Je t'en parlerai une autre fois.

 

LION DE MAKANDA, MWAN' MINDZUMB', MBUTA MUNTU

 

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