La ville de Butembo est en ébullition depuis hier Jeudi 27 janvier dans la soirée jusqu'à l’heure présente. L’armée et la police répriment les Jeunes de Butembo qui ont usé de leur droit constitutionnel pour récolter des signatures de tous les Congolais n’approuvant pas la révision constitutionnelle concoctée à Kinshasa sans une consultation préalable du peuple congolais.



Le succès de cette opération menée notamment par des jeunes patriotes de quartiers FURU et KATWA dérange Kinshasa qui a ordonné, selon le Commandant Fardc de la ville de Butembo, la suppression de ce mouvement jugé d’insurrectionnel.

Les jeunes qui n’ont fait que récolter les signatures ne comprennent pas pourquoi leur droit à la libre expression est traité d’insurrection. D’où le bras de fer avec le régime de Joseph Kabila qu’ils qualifient de dictature. Comme les jeunes de Tunisie, les parlementaires de Butembo demandent, si l’on en croit les chansons scandées cette nuit, la démission du gouvernement et le départ de Joseph Kabila.



Pour la petite histoire de cette révolution en gestation, la semaine dernière la police était descendue en masse au quartier FURU pour arracher le calicot annonçant la récolte des signatures et stigmatisant les manœuvres dictatoriales de l’AMP. Le lendemain, les jeunes ont remis le même calicot et l’opération de la récolte des signatures s’est poursuivie avec plus d’engouement. L’attaque de l’armée avait sans le vouloir fait la pub de l’opération. Sur les listes des signatures on trouve des noms des congolais de Beni, Mangina, etc., qui s’arrêtent au parlement de FURU pour signer la pétition contre la révision constitutionnelle et exprimer leur désaveu vis-à-vis de l’AMP !



L’histoire se répète à Butembo. Plus on réprime un mouvement, plus on lui permet de s’enraciner et d’attirer plus d’adeptes. C’est ainsi que d’autres quartiers de la ville se sont constitués aussi en autodéfense dans la foulée de l’attaque de FURU. En l’espace de deux semaines, trois bandits dont deux en tenue policière ont été arrêtés par les jeunes de la ville. Deux de ces bandits ont été lapidés à mort. Au lieu que l’armée et la police qui n’arrivent pas à arrêter un seul bandit prêtent main forte à cette jeunesse, on assiste à la chasse à l’homme pour faire taire cette jeunesse décidée de se prendre en charge. En effet, le pouvoir voit l’auto-prise en charge de la jeunesse de Butembo comme un défi, raison pour laquelle il a choisi la force au lieu du droit. Pour les Jeunes Patriotes, le pouvoir est du côté des bandits, des tueurs qui restent impunis. La jeunesse qui arrête les bandits est quant à elle réprimée par le pouvoir.



Plusieurs politiciens du Nord-Kivu soupçonnés d’être derrière la pétition contre la révision constitutionnelle ont été entendus sur PV à Goma et à Butembo. Mais les Jeunes Patriotes de Butembo persistent et signent qu’ils agissent d’eux-mêmes car ils sont déçus par les politiciens qui ont pactisé avec l’ennemi et qui se taisent pendant que cet ennemi massacre les jeunes de Butembo. L’an 2010 était la plus meurtrière avec plus de 50 Jeunes assassinés dans la seule ville de Butembo. Le bras de fer avec le régime de Kinshasa est donc né de cette insécurité entretenue dans la ville de Butembo.



Au lieu de répondre aux doléances de cette jeunesse frustrée dont le patriotisme n’est plus à démontrer, le régime de Kinshasa qui négocie souvent avec les milices rwandaises a choisi le fusil et le gaz lacrymogène pour en finir avec cette libre expression de la jeunesse de Butembo, notamment à FURU et à KATWA où les jeunes ont construit eux-mêmes leurs lieux de rencontre qu’ils appellent « hémicycles ».

Hier Jeudi 27 janvier 2011 vers 17h00 ces deux hémicycles ont été rasé par l’armée et la police à l’issue d’une réunion extraordinaire de ce qu’on appelle par euphémisme « conseil de securité de la ville » tenue à la Commune Mususa. Aussitôt les militaires et les policiers partis, les jeunes de KATWA et de FURU ont reconstruit leurs hémicycles au cours de la nuit grâce à la solidarité de la population locale qui voit leur salut dans l’action de ces Jeunes Patriotes. En effet depuis bientôt trois ans, le bandit, le militaire, et le policier sont logés à la même enseigne dans la ville de Butembo.

Tout le bataillon Fardc de Rughenda accompagné des policiers est descendu pour brûler l’hémicycle de FURU. La réaction des patriotes de FURU ne s’était pas fait attendre. Aux militaires qui faisaient parler leurs armes, les jeunes ont opposé un jet des pierres. Le crépitement des balles devenu monnaie courante dans ce coin du pays n’a pas été suffisant pour effrayer les Jeunes Patriotes. Les pare-brises des véhicules de l’armée ont été touchés. Le PC de la Police de Roulage de Biasa, le bureau du péage route de Kangote, le commissariat de la Police du Parking de la victoire ont été brulé. La Nationale Numéro 1 était barricadée avec des pneus à feu, des arbres, etc. au point que la route Butembo-Beni était fermée à la circulation dans les deux sens.



Plus tard dans la nuit, les militaires sont revenus sur le lieu du crime. En effet, les habitants de tous les quartiers environnants FURU ont veillé toute la nuit. En effet, selon des fuites de la réunion du conseil de securité, il était prévu une descente nocturne pour arrêter les leaders de deux Parlements FURU et KATWA. En signe de solidarité avec les Jeunes Patriotes, tous les voisins de ces deux quartiers symboles de la résistance bubolaise bubolais ont veillé toute la nuit. Les bubolais n’ont pas oublié le carnage nocturne de Kalemire de 1998.



Effectivement les militaires sont revenus à FURU vers minuit. Les jeunes les attendaient avec des pierres. Après un bras de fer de deux heures, les militaires ont quitté le lieu de l’hémicycle pour se replier près de l’hôtel SEMULIKI.

Durant toute la nuit, les jeunes ont chanté autour du feu des chansons stigmatisant la dictature de Joseph Kabila : « kifo cha kabila hakina bei kubwa mbele ya ba congomani…. », kabila zoba, tala makambo osali na furu ( La mort de Kabila n’a pas de grand prix aux yeux des congolais… Kabila voit ce que tu as fait à FURU)

Ce matin du 28/01/2011 vers 6h00 du matin, les militaires sont encore revenus avec force à FURU sous le commandement du Colonel DONAT du CNDP pour fouiller les maisons. Les résidences des parents des leaders du parlement ont été saccagées. Cette fois-ci c’était pour torturer tous les jeunes garçons et filles dans leurs parcelles. Plusieurs filles et mamans ont été violées. Les blessés se comptent par centaines.



A la suite de cette descente des centaines des militaires et des policiers, le quartier FURU s’est vidé de sa population qui craignait un carnage. Vers 10h, seuls les militaires sillonnaient le quartier de FURU déserté de sa population après une nuit de veille et de résistance.

Vers 10h30, le nombre des personnes arrêtées à FURU dépassait déjà 50. Parmi ceux qui sont aux arrêts, on peut citer :

- Mr Timothée, gérant d’une alimentation de Furu, arrêté dans son alimentation,

- Mr Joseph KAKULE MANDELA,

- Mr Kasereka KISOKOLI,

- Aliery KASIVIREHI (blessé par balle)

A Katwa plus de 20 personnes aussi été enlevées par un autre groupe de militaires revenus ce matin pour brulé le nouveau parlement construit dans la nuit.

Les leaders de deux parlements qui connaissent bien les tactiques de l’armée et de la police de Butembo n’ont pas été arrêtés et seraient en un lieu sûr dans la ville de Butembo.



Pour réprimer cette jeunesse qui se bat pour un état de droit et la liberté d’expression en RDC, l’armée vient d’installer un camp militaire à FURU au lieu de l’Hémicycle pour mater ce qu’elle appelle insurrection. La suite de cette présence militaire à FURU n’est pas connue ! Les observateurs quant à eux se demandent si la révolution tant voulue en RDC peut partir de Butembo !

Correspondance particulière de FURU et de Katwa/ Butembo

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